1.2 Délimitation de l’ouvrage

Précisons d’abord le terme central utilisé dans le titre de l’ouvrage bibliographique. Qu'entendons-nous par illustration? La définition du terme, bien qu’elle s'appuie d'abord sur le sens que nous lui attribuons communément, se veut plus générale et englobante. L’illustration, synonyme de pictural ou d’iconique, réfère à un large éventail d'objets: dessin schématisé ou réaliste, photo, pictogramme, carte (topographique, géographique, routière, etc.), organisateur pictural, film, etc.

Dans le sens que nous lui donnons, l’illustration s’oppose à l’image mentale d’une part, et au verbal de l’autre.

L'illustration s’oppose au verbal, à l'information linguistique (le mot, le texte, le discours). Seule l'illustration permet d'accéder à la signification du signe directement, c’est-à-dire sans apprentissage formel quelconque. Quant aux mots, forme et contenu n'entretiennent qu'un lien conventionnel l’un avec l’autre. Les mots " soleil ", " sun ", " Sonne " ont tous la même signification. L’un ne remplit pas mieux cette fonction qu'un autre. L'illustration, par contre, est représentative de la réalité à laquelle elle se substitue en tant que signe. Il y a isomorphie entre le signe visuel (l'illustration) et son référent (l'illustré). C’est ce lien d’isomorphie qui confère à l'illustration son caractère de facilité au plan de l'apprentissage. Signalons à ce sujet le débat qui entoure la " litéracie visuelle " comme objet possible d'un apprentissage scolaire planifié. Ce débat se poursuit toujours. Tandis que pour les uns de parler de la " syntaxe de l’image " ou du " langage de l’image " est parfaitement intelligible, pour les autres il s‘agit tout au plus d’une métaphore, le pictural étant considéré par ces derniers comme dépourvu des caractéristiques essentielles d’un langage (cf. Danset-Léger, 1980; Cassidy et Knowlton, 1983). Le pictural et le verbal se distinguent également sur le plan des contraintes communicatives. Si le mode verbal se prête aussi bien à la communication écrite et visuelle qu'à la communication orale et sonore, le mode pictural, quant à lui, se limite à la communication visuelle. L'expression métaphorique " la lecture d'une peinture " existe, mais non celle d’ " écoute d'une image ".

L’isomorphie entre le signe visuel et son référent est un critère suffisamment large pour qu’on puisse y inclure l’éventail d’objets picturaux énumérés ci-dessus. Quelques cas limites existent cependant. Comment classer par exemple des organisateurs graphiques ou des cartes sémantiques? Cette tâche n’est pas simple puisque, dans la litérature, les organisateurs graphiques et les cartes sémantiques utilisés expérimentalement varient souvent considérablement. Voici un exemple.

Type of Map

Use

How to read

Examples (pages where maps appear)

       
       
       

(d’après Armbruster, B.B., Anderson, T. H. et Meyer, J. L.(1991). Improving content-area reading using instructional graphics. Reading Research Quarterly, 26 (4), 393-416).

Dans l’étude, le recours à l’organisateur graphique ne dépasse pas l’utilisation d’un procédé visuel essentiellement arbitraire. On pourrait s’imaginer des graphiques fonctionnellement équivalents mais qui seraient très différents visuellement. Les cartes sémantiques, utilisées souvent pour représenter la décomposition lexicale d’un mot ou les liens structurels entre notions d’un texte, sont souvent du même ordre. À l’opposé, dans Tajika, Taniguchi, Yamamoto et Mayer (1988) qui utilisent un préorganisateur qui n’est pourtant composé que de rectangles et autres formes géométriques, il y a clairement isomorphie entre l’organisateur graphique et l’histoire à laquelle il se rapporte (cf. le résumé de l’article, Partie II). Pour des raisons semblables, l’étude de Winn, Li et Schill (1991), où les liens de parenté sont présentés sous forme d’arbre généalogique, fait partie du présent ouvrage sur l’illustration. Ceci dit, nous admettons volontiers que cette étude se situe dans la " zone grise " du continuum entre le figuratif et le non-figuratif, ce que permettent de représenter certaines taxonomies de l’illustration, dont celle de Knowlton (1966). Knowlton distingue trois grandes catégories, soit les illustrations réalistes, analogiques et logiques. Ces catégories correspondent à des degrés d'iconicité variables. Dans ce cadre argumentatif, on comprend aussi le problème définitoire, dans certaines études, de ce qu’est un " pictogramme ". Quant à nous, un pictogramme, malgré son statut hybride en tant que signe partiellement codifié, peut être considéré comme illustration. Cependant, lorsqu’on y inclut même des logogrammes parfaitement arbitraires et donc non-figuratifs, comme le font certains auteurs (p. ex. Bernier et Brochu, 1980), on ne devrait plus parler d’illustrations, d’après notre critère d’isomorphie entre le signe visuel et son référent. (Pour d’autres taxonomies de l’illustration, voir aussi chap. 1.3, de même que Twyman, 1979 et Hupka, 1989).

L’illustration s’oppose au verbal. Mais l'illustration s’oppose aussi à l’image mentale, c’est-à-dire sa représentation mentale. Certains psychologues parlent d’image imposée (aux sujets) ou d’image générée (par les sujets eux-mêmes). La représentation picturale sur papier du 29e coup d’une partie d'échecs est à distinguer de la représentation mentale que peut se faire l'observateur (le " lecteur ") de cette information par la suite. La perception visuelle de la réalité n'est pas identique à l'image mentale qu'on s'en fait en absence de cette réalité, au moment de son rappel. Le mot image étant utilisé dans les deux sens (image externe ou interne), nous l'éviterons généralement lorsqu'il sera question de l'image externe. Nous utiliserons le terme illustration, qui est moins ambigu à cet égard.

Si l’illustration est le principal pilier thématique sur lequel repose cette bibliographie, la démarche expérimentale des études quant à elle en est le principal pilier sur le plan méthodologique. À l’exception de quelques cas, nous n’avons retenu dans cet ouvrage que les études expérimentales dont au moins une variable indépendante porte sur l’illustration. Les quelques exceptions s’expliquent par leur pertinence thématique ou leur originalité. Étant donné la quantité des études expérimentales répertoriées (plus de 1000), une sous-catégorisation de ces études était nécessaire. Sur la base d’une revue préliminaire, les recherches expérimentales ont été catégorisées selon que l’illustration y est étudiée:

Le présent volume n’inclut que les études expérimentales dans lesquelles l’illustration est étudiée par rapport au texte. Par texte, nous entendons tout énoncé oral ou écrit, la limite inférieure étant la phrase.

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