2.2 L'effet de l'illustration sur la compréhension de texte

Dans cette section sont présentés les résultats recueillis au moyen des mesures de compréhension de texte pris dans un sens large. Par " mesure de compréhension de texte ", nous voulons dire tout indicateur cognitif susceptible de renseigner sur la compréhension des sujets en lien avec le texte expérimental (à l’exception des mesures de temps, traitées dans une section à part): compréhension de texte et de vocabulaire faisant partie du texte, rappel dirigé (choix multiple, questions sans réponses prédéfinies, etc.), rappel libre, test de closure, certaines mesures relatives à la lecture à voix haute (nombre d’erreurs, reconnaissance ou identification de mots), etc. Cette définition, délibérément large, nous permet de tenir compte du plus grand nombre d’études possible, sans être contraints d’appliquer à l’ensemble des expériences répertoriées certaines distinctions difficiles à généraliser (ex.: compréhension vs rappel dirigé, compréhension de texte vs vocabulaire). Nous ne retiendrons ici que les mesures en lien avec le texte, soit les mesures qui portent sur les informations présentées dans le texte seul (t), soit celles qui portent sur les informations présentées dans le texte et l’illustration conjointement (ti). Cette condition a sa raison d’être dans le type de comparaison étudié. Pour évaluer l’efficacité de l’illustration, la comparaison des versions illustrée et non illustrée doit se faire au moyen d’un test qui cible une information commune aux deux versions. Une information présentée exclusivement dans l’illustration défavoriserait le groupe ayant le texte dans sa version non illustrée. (Bien entendu, de telles mesures sont tout à fait légitimes lorsque l’intérêt du chercheur porte sur la comparaison texte et illustration vs illustration seule (ex. Sloan, 1971; Jörg, 1978; Ramsey, 1982) plutôt que sur la comparaison texte et illustration vs texte seul).

Seules quelques rares mesures dépendantes ont été exclues. Des mesures telles que la reproduction visuelle, la reconnaissance de l’illustration, le pairage picto-verbal, etc. (p. ex. Clark, 1978; mesure 2 de Pressley, Levin et al., 1983:2; mesure 4 de Rusted et M. Coltheart,1979:1) désavantageraient les sujets en version non illustrée, si l’on se base sur la problématique traitée dans ce chapitre. De même, certaines mesures portant sur les erreurs en lecture à voix haute (p. ex. Donald, 1979, mesures 2 - 5) ne sont pas pertinentes à l’étude de la compréhension de texte. Rappelons aussi que les études sur le film ou l’illustration incompatible avec le texte ne sont pas considérées non plus dans les tableaux qui suivent. Elles seront traitées dans des chapitres à part.

Avec ces critères et restrictions, le tableau 2.2 présente l’ensemble des études qui comparent les versions illustrée (ill) et non illustrée (ni) d’un texte au moyen d’une mesure de compréhension de texte. Le tableau contient les informations suivantes.

Auteur. Cette colonne identifie de la manière habituelle les expériences retenues. Par ailleurs, la présence d’un x entre parenthèses signifie que les expériences en question ne permettent pas de comparer les versions illustrées et non illustrées dans des conditions expérimentales idéales, car l’effet de la variable picturale est confondu avec celui d’une deuxième variable: variations du texte (Baxter, Quarles et Kosak, 1978; Reynolds et Baker, 1987); complexité du traitement expérimental (Bull et Wittrock, 1973); changement dans le mode de présentation du texte (Rohwer et Matz, 1975); inclusion de quelques illustrations dans la version dite non illustrée (Vernon, 1954:1). Finalement, dans certaines études menées en salle de classe selon une démarche proche de l’enseignement normal, on fournit aux lecteurs débutant de l’aide sur demande (Bluth, 1972; Brooks, 1977; Pederson, 1970; Weintraub, 1960). Sur le plan expérimental, cette aide risque de produire un biais qui interagit avec la variable picturale (pour plus de renseignements, voir chap. 2.2.1).

Variable indépendante. Cette colonne du tableau contient les renseignements relatifs aux niveaux (ou valeurs) de la variable. Pour faciliter les renvois aux résumés dans la deuxième partie de l’ouvrage, le code d’identification des variables est le même que celui utilisé dans les résumés. Dans le cas de Bransford et Johnson (1972:1), à titre d’exemple, trois des cinq versions expérimentales de la variable en question (i.e. Variable 1) sont pertinentes pour la comparaison illustré - non illustré (i.e. Variable 1.1, Variable 1.3, Variable 1.5). Lorsqu’il était disponible dans l’étude, le rapport entre le nombre d’illustrations et le nombre de mots par texte est également indiqué pour les versions illustrées du texte. Ce rapport est calculé en divisant le nombre de mots du texte par le nombre d’illustrations qui l’accompagnent. Dans l’expérience de Bransford et Johnson (1972:1), une illustration correspond en moyenne à 150 mots (1:150). Signalons que tous les chercheurs n’accordent pas la même importance à cette information. Elle n’est parfois pas disponible dans certaines études (voir aussi tableau 1.7).

Mesure dépendante. De nouveau, le code d’identification (i.e. M1, M2, etc.) des mesures dépendantes (bref: mesures) est le même que celui utilisé dans les résumés. Le code d’identification est suivi d’une description sommaire du type de mesure (questions, choix multiple, closure, etc.) et d’un renseignement concernant le statut picto-verbal de l’information ciblée quand il est disponible: t signifie que l’information ciblée au test ne figure que dans le texte (i.e. les informations non illustrées); ti signifie que cette information figure à la fois dans le texte et dans l’illustration (i.e. les informations du texte qui sont illustrées). Rappelons que les mesures portant sur une information exclusivement picturale ne sont pas retenues ici, car elles ne sont pas pertinentes à la compréhension de texte. L’importance conceptuelle que les chercheurs accordent au contrôle du statut picto-verbal de l’information ciblée au test varie grandement d’une étude à l’autre. Dans certaines, le statut picto-verbal est soigneusement contrôlé et identifié comme tel, tandis que dans d’autres, ce renseignement est introuvable. Notons qu’un renseignement voulant que " l’information ciblée au test figure dans le texte ", un renseignement qu’on trouve dans certaines études, n’est pas dépourvu d’ambiguïté à cet égard puisqu’une telle information peut également figurer dans l’illustration (ti) comme elle peut ne pas y figurer (t). Les catégories t et ti ne sont spécifiées que pour les études qui s’avèrent explicites à ce sujet.

Résultat. Dans la dernière colonne du tableau, les résultats des tests statistiques sont rapportés comme suit au seuil de signification de 5 % (alpha = 0,05):

La seule exception à cette interprétation des résultats au tableau 2.2 concerne, bien sûr, les quelques mesures relatives aux erreurs. Dans Guri-Rozenblit (1988), ni > ill (ERREURS!) signifie que la version non illustrée donne lieu à significativement plus d’erreurs que la version illustrée, ce qui revient à dire que la version illustrée est considérée comme étant mieux réussie. Toutefois, lorsqu’il s’agira de compiler les résultats, les mesures d’erreurs seront transformées de façon à devenir comparables aux autres mesures dépendantes.

Pour des raisons d’exhaustivité, les mesures non validées statistiquement figurent également au tableau 2.2, bien qu’elles n’aient pu être considérées dans les tableaux-synthèses subséquents.

Lorsqu’une étude comprend plus d’une version illustrée, les résultats sont rapportés séparément pour chaque comparaison en cas de divergence (p. ex. Bransford et Johnson, 1972:1); sinon, le même résultat vaut pour toutes les versions illustrées (p. ex. Hannafin, 1983). De façon analogue, les résultats obtenus aux tests immédiat et différé ne sont rapportés séparément qu’en cas de divergence (p. ex. Anglin et Stevens, 1986).

suite...