2.2.2 Résultats en fonction de la présence ou de l’absence de mots dans l’illustration

L’illustration qui accompagne un texte peut elle-même contenir des informations linguistiques / verbales. Dans certaines études, la présence de mots-étiquettes à l’intérieur de l’illustration, reliés par un tiret à certaines parties de celle-ci, a comme fonction de préciser ou de désambiguïser l’information picturale. On retrouve souvent de tels mots-étiquettes dans des illustrations abstraites, analogiques, schématiques (p. ex. Burdick, 1959; Garrison, 1978:1). Certains organisateurs graphiques sont littéralement incompréhensibles sans la présence de mots (Guri-Rozenblit, 1988, 1989; Holliday et Harvey, 1976); il en est de même de certaines cartes routières ou géographiques. L’ajout d’une légende reliée à l’illustration peut avoir une fonction semblable (Gilmartin, 1982). On peut s’étonner du peu d’importance accordée dans les essais de typologie de l’image et dans les revues de la littérature picturale à ce paramètre, particulièrement dans les recherches portant sur la comparaison des versions illustrée et non illustrée d’un même texte. Cette situation semble refléter moins un manque d’observation des chercheurs face à l’objet d’analyse qu’un problème définitoire. Rien ne semble en effet plus naturel que d’associer les mots figurant dans l’illustration à la composante linguistique, le texte, pour ainsi pouvoir définir la composante picturale de façon restrictive. D’après cette logique, les informations à l’intérieur de l’illustration sont considérées en quelque sorte comme un prolongement du texte. Précisons donc que l’interprétation du présent paramètre dépend de la nature de la variable picturale dans chaque étude et non pas de considérations sémiotiques générales. En effet, si la présence / l’absence de l’illustration qui accompagne un texte est confondue expérimentalement avec la présence / l’absence de mots-étiquettes (légende, etc.), l’interprétation qu’on peut faire des résultats en est directement affectée. Pour étudier expérimentalement la contribution qu’ont les étiquettes-mots reliés à l’illustration sur la compréhension de texte, il faudrait que la variable picturale comprenne au moins trois niveaux: (i) le texte seul; (ii) le texte et l’illustration sans étiquettes-mots; (iii) le texte et l’illustration avec étiquettes-mots. En comparant les écarts entre les trois niveaux, il serait possible de vérifier si l’ajout d’étiquettes-mots augmente l’efficacité de l’illustration. Or, il semble bien que de telles études n’existent pas encore.

La synthèse inter-études au tableau 2.2.2 peut pallier en partie à l’absence de ces études. Toutefois, comme la nature exacte d’une illustration n’est pas toujours considérée comme digne d’une mention explicite dans l’étude, la classification de l’illustration a dû se faire sur la base d’indices très variés et, à l’occasion, d’inférences et d’arguments de plausibilité.

Tableau 2.2.2
Comparaison des versions illustrée et non illustréeau moyen d’une mesure de compréhension de texte: résultats en fonction de la présence ou de l’absence de mots dans l’illustration

   

ill > ni

ni > ill

non sig

Total et %
(rangée)

%
(colonne)

Illustration
sans mots
Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

110
(38 %)
(45 %)

3
(1 %)
(2 %)

179
(61 %)
(53 %)

292
(100 %)
(100 %)


79 %

Illustration
avec mots
Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

23
(30 %)
(37 %)

1
(1 %)
(1 %)

53
(69 %)
(61 %)

77
(100 %)
(99 %)


21 %

 

Dans l’ensemble, l’illustration sans mots est utilisée presque quatre fois plus souvent dans des expériences que l'illustration avec mots (79 % vs 21 %).

La présence ou l’absence de mots dans l’illustration est un facteur significatif [Chi2 (2) = 7,493; p = 0,024], le test statistique étant calculé pour les résultats non pondérés. Contrairement à l’hypothèse ci-haut, la présence de mots à l'intérieur de l'illustration ne semble cependant pas favoriser la compréhension de texte des sujets. Au contraire, les illustrations sans mots ont plus souvent un impact significatif qui soit positif, comparativement aux illustrations avec mots. Par contre, l'interprétation de ce constat doit être nuancée à la lumière d’une interaction possible avec la variable d’âge des sujets. L'illustration avec mots n'est pratiquement jamais étudiée en rapport avec des sujets de l’école primaire alors que l’effet positif de l’illustration est justement le plus prononcé auprès de ce groupe d’âge.

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