2.2.3 Résultats en fonction du mode dappréhension du texte par les sujets
La composante picturale du texte illustré, on le sait, est restreinte au mode de présentation visuel. Le mode pictural ne se "raconte" pas (la description dune illustration nest pas à confondre avec lillustration elle-même). Le texte, par contre, se prête aussi bien à la communication orale quécrite. Ainsi, dans les études expérimentales, les sujets peuvent écouter ou lire le texte, tandis que lillustration leur est toujours présentée visuellement ou, si lon veut, " par écrit ".
Si lopposition entre les modes oral et écrit peut être étudiée expérimentalement (cf. chap. 3.7), lanalyse de ce paramètre peut également se faire au moyen dune synthèse inter-études puisque ce renseignement est rarement négligé dans les études, en plus dêtre facilement inférable à partir de la description générale de lexpérience. La comparaison des deux modes dappréhension du texte, expérimentalement ou au moyen dune synthèse méta-analytique, peut savérer intéressante sur le plan théorique. Ainsi, certains auteurs présument que lemmagasinage et le traitement de linformation picto-verbale en situation découte devrait faciliter la tâche, comparativement à une situation de perception uni-modale (i.e. présentation visuelle du texte et de lillustration).
Expérimentalement parlant, lopposition lecture - écoute est généralement confondue avec une deuxième variable, ce qui complique linterprétation des résultats. En situation de lecture, les sujets peuvent déterminer leur vitesse de lecture et ladapter aux difficultés textuelles, tandis quen situation découte, la vitesse de présentation du texte est imposée aux sujets (cassette sonore ou lecture à voix haute faite par lexpérimentateur).
Dans les trois quarts des expériences compilées au tableau 2.2.3, leffet de lillustration sur la compréhension de texte est étudié en situation de lecture (lecture: 78 % vs écoute: 22 %). Souvent, cette préférence des chercheurs pour la modalité écrite semble sexpliquer par des considérations de simplicité relativement au déroulement expérimental, sans être directement déterminée par la nature de lhypothèse étudiée. Dans dautres expériences par contre, la pertinence de lhypothèse est directement liée au mode dappréhension étudié. Les études qui portent sur le rôle de lillustration dans les premiers apprentissages en lecture, menées habituellement auprès des enfants du premier cycle de lécole primaire, font partie de cette catégorie.
Notons que le tableau 2.2.3 ne tient pas compte des expériences
où le mode dappréhension du texte a le statut dune variable indépendante
ou de celles où le texte est présenté à la fois oralement et par écrit (p. ex.
Wilson, 1989; Baker
et Popham, 1965).
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Tableau 2.2.3 |
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ill > ni |
ni > ill |
non sig |
Total et % |
% |
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| Lecture du texte | Non pondéré (score) Non pondéré (%) Pondéré (%) |
99 |
3 |
183 |
285 |
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| Écoute du texte | Non pondéré (score) Non pondéré (%) Pondéré (%) |
34 |
1 |
45 |
80 |
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Le test statistique étant calculé pour les résultats non pondérés, le mode dappréhension du texte (écoute vs lecture) nest pas un facteur significatif [Chi2 (2) = 1,689; p = 0,43], bien quon puisse constater une supériorité tendencielle de leffet bénéfique de lillustration en situation découte (voir aussi chap. 3.7). Aussi, on constate un écart supérieur entre les deux conditions quant aux résultats pondérés (41 % vs 54 %). Ces chiffres ne soutiennent pas le point de vue largement répandu selon lequel la fonction principale de lillustration est celle daide dans les premiers apprentissages en lecture.