2.2.4 Résultats en fonction du type de texte

Dans le texte narratif, des protagonistes, généralement humains, interagissent entre eux et évoluent à travers une série d’événements. Ces " histoires " accordent quelquefois une place au discours direct, avec les marqueurs linguistiques que cela entraîne. Le vocabulaire utilisé dans le texte narratif est souvent connu et n’a pas besoin d’être expliqué. Au texte narratif, nous avons opposé globalement le texte informatif dont certaines des caractéristiques sont l’absence du discours direct, un vocabulaire à l’occasion technique et spécialisé qui nécessite d’être expliqué dans le texte lui-même. Cette classification dichotomique des textes, quoique approximative, est largement répandue et utilisée dans certains programmes et manuels scolaires. Cette distinction semble également coïncider, de façon aussi approximative, avec deux types d’agencement picto-verbal. Généralement, le texte narratif est une entité en soi. Les illustrations, en nombre limité, s’y ajoutent et fournissent au lecteur des informations souvent redondantes par rapport au texte. Dans le texte informatif, le lien entre les composantes picturale et linguistique est souvent plus étroit. Certains textes informatifs contiennent des références explicites à l’illustration, ce qui est un procédé littéraire moins répandu dans les textes narratifs. À l’occasion, l’illustration joue le rôle de paraphrase ou de définition verbale. Sans l’illustration, certains textes informatifs seraient incomplets et partiellement incompréhensibles, vu la complémentarité des informations véhiculées par le texte et l’illustration.

Dans le présent ouvrage est considéré comme " texte " tout énoncé linguistique égal ou supérieur à la phrase. Cette décision s’explique entre autres par le fait que les mêmes hypothèses ont été étudiées par les chercheurs à partir d’un matériel de lecture plus ou moins élaboré: la phrase isolée, le paragraphe, le texte. L’exclusion des recherches picto-verbales portant sur la phrase isolée, pour une simple raison d’usage, aurait donc amputé cet ouvrage d’un volet substantiel et indispensable à une bonne compréhension des objectifs de la recherche picto-verbale. Ceci dit, dans la classification des types de texte au tableau 2.2.4, les catégories " texte narratif ", " texte informatif " et " phrase " sont mutuellement exclusives.

La décision d’utiliser des phrases isolées ou en contexte semble être influencée à l’occasion par le souci que les chercheurs accordent soit à des considérations de validité interne (phrases isolées), soit à des considérations de validité écologique (de " vrais " textes qu’on retrouve en salle de classe). Le degré d’articulation des hypothèses semble aussi jouer un rôle dans le choix du matériel linguistique. Des hypothèses qui soient articulées dans le cadre d’une théorie dûment explicitée donnent souvent lieu à des expériences picto-verbales construites autour de la phrase comme unité linguistique centrale. Dans le cas de recherches dites exploratoires ou de recherches éducationnelles qui ne sont pas inspirées ou guidées par une théorie disciplinaire en particulier, la préférence est souvent donnée à des textes entiers, à l’occasion même sélectionnés tel quel dans un manuel scolaire ou un chapitre de livre. Le choix de " vrais " textes ne se fait donc pas toujours pour des raisons qui exigeraient réellement une certaine complexité textuelle, comme l’exige par exemple l’analyse du rôle de l’illustration dans le traitement cognitif d’éléments inter-propositionnels (opérateurs linguistiques, certains types de coréférences aux moyens pronominal ou lexical, inférences textuelles, schémas mentaux et leur évolution du début à la fin d’un texte, etc.).

Comme l’indique le tableau 2.2.4, l’utilisation de textes entiers est largement privilégiée, seulement 12 % des résultats expérimentaux étant obtenus au moyen de phrases présentées hors contexte. Signalons toutefois que certains chercheurs adoptent une position intermédiaire entre la phrase isolée et le texte. Ils utilisent alors des textes entiers dont les phrases individuelles se ressemblent du point de vue syntaxique ou picto-verbal. De tels textes sont classés comme étant narratif ou informatif, selon le cas.

Tableau 2.2.4
Comparaison des versions illustrée et non illustrée au moyen d’une mesure de compréhension de texte: résultats en fonction du type de texte

   

ill > ni

ni > ill

non sig

Total et %
(rangée)

%
(colonne)

Texte narratif Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

48
(37 %)
(41 %)

3
(2 %)
(5 %)

79
(61 %)
(54 %)

130
(100 %)
(100 %)


38 %

Texte informatif Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

60
(36 %)
(41 %)

1
(1 %)
(1 %)

108
(64 %)
(58 %)

169
(101 %)
(100 %)


50 %
Phrase Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

20
(48 %)
(67 %)

0
(0 %)
(0 %)

22
(52 %)
(33 %)

42
(100 %)
(100 %)


12 %

 

Le test statistique étant calculé pour les résultats non pondérés, le type de texte n’est pas un facteur significatif [Chi2 (4) = 4,481; p = 0,345]. Les résultats ne soutiennent pas l’idée de différences fonctionnelles entre les textes narrratif et informatif, quant à l’effet de l’illustration. En ce qui concerne l’opposition phrase - texte par contre, le résultat non significatif du test statistique doit être nuancé à la lumière des résultats pondérés, qui font ressortir un écart plus prononcé. L’utilisation expérimentale de phrases isolées produit nettement plus souvent des résultats qui sont significatifs (41 % vs 67 %). Ce constat comporte en soi une suggestion pour l’orientation de la recherche picto-verbale. En effet, puisque la recherche expérimentale vise l’obtention de résultats significatifs, la phrase isolée paraît un terrain fertile pour des recherches expérimentales à venir. On peut supposer que l’utilisation de phrases isolées comme matériel expérimental favorise la conceptualisation des objectifs expérimentaux et, concurremment, l’émergence de résultats qui sont significatifs. Les " vrais " textes, quant à eux, ne devraient être utilisés que lorsque la phrase isolée s’avère un terrain expérimental trop restreint, compte tenu de considérations théoriques clairement identifiées d’avance.

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