2.2.5 Résultats en fonction de l’âge / du niveau scolaire des sujets

En recherche expérimentale ou descriptive, l’âge des sujets est généralement mentionné, même lorsqu’il ne s’agit pas d’une variable du plan expérimental. Comme la très grande majorité des études est réalisée dans le milieu d’enseignement, le niveau scolaire est souvent utilisé comme indicateur approximatif de l’âge des sujets (correspondance approximative: préscolaire = jusqu’à 6 ans, primaire = de 6 à 12 ans, secondaire = de 12 à 18 ans, université et adultes = à partir de 18 ans).

Sur le total des 327 expériences répertoriées dans cet ouvrage, les enfants du primaire représentent une clientèle privilégiée, suivie des étudiants des niveaux universitaire et secondaire. (Signalons que le nombre total des 347 expériences au tableau 2.2.5-A est supérieur au total des 327 expériences répertoriées. Cette différence s’explique par le fait que certaines études, en particulier celles où l’âge est une variable indépendante du plan expérimental, ont été menées auprès de sujets de plus d’un niveau.) La comparaison de ces chiffres avec ceux que nous avons obtenus, provisoirement, pour les études illustration - mot suggère quelques pistes d’interprétation de cet état de fait. Le peu d’importance accordée aux enfants d’âge préscolaire dans les études illustration - texte est attribuable essentiellement à la contrainte linguistique. Bien que l’unité texte soit définie dans ce volume de façon à inclure des phrases isolées, il reste que, même en situation d’écoute, un tel matériel linguistique est nettement plus complexe que l’unité mot pour des sujets de cet âge. Les pourcentages respectifs au niveau préscolaire, 7 % et 14 %, semblent refléter ce fait. Un argument analogue ne vaut pas pour les trois autres niveaux d’âge, bien au contraire. Ainsi, la comparaison des expériences illustration - texte et illustration - mot menées auprès de sujets appartenant à ces niveaux d’âge nous signale des tendances plutôt suprenantes. En regroupant les expériences illustration - texte menées aux niveaux primaire et secondaire, on constate qu’elles sont deux fois plus nombreuses que celles menées auprès d’adultes, un groupe d’âge composé essentiellement d’étudiants universitaires (219 vs 105); les expériences illustration - mot, quant à elles, indiquent la tendance opposée (90 vs 169).

Tableau 2.2.5-A
Nombre d’expériences répertoriées par niveau scolaire

 

Illustration - texte
(présent ouvrage)

Illustration - mot

Préscolaire

23
(7 %)

43
(14 %)

Primaire

136
(39 %)

79
(25 %)

Secondaire

83
(24%)

21
(7 %)

Université / adultes hors système scolaire

105
(30 %)

169
(54 %)

Total

347
(100 %)

312
(100 %)

 

Si, de façon générale, les étudiants universitaires sont une clientèle privilégiée dans les études expérimentales puisqu’elles sont menées surtout par des professeurs, cette explication à elle seule ne pourra expliquer les différences observées. À part leur facilité d’accès, les étudiants s’avèrent aussi une clientèle privilégiée parce qu’ils permettent mieux que des sujets plus jeunes l’étude de certains phénomènes cognitifs. Souvent, leur étude s’inscrit dans une démarche de vérification expérimentale de théories en recherche fondamentale. Comparativement, les expériences menées auprès de sujets plus jeunes ont souvent des visées plus pratiques et appliquées. Dans cette perspective, la distinction entre les études de types illustration - texte et illustration - mot semble aller de pair en partie avec celle entre recherche fondamentale et appliquée. À certains égards, l’étude du mot à l’égard de l’illustration permet en effet un meilleur contrôle expérimental des variables en jeu que l’étude analogue qui porterait sur le texte, d’où l’intérêt que suscite le mot comme objet d’analyse dans certaines recherches fondamentales (qu’on ne pense qu’au rôle dominant du mot dans les études sur l’image mentale). Cette interprétation des faits, que nos lectures des études individuelles ont d’ailleurs renforcé, gagne également en plausibilité à la lumière du tableau 1.6. On y voit un décalage d’une dizaine d’années entre les deux types de recherches picto-verbales: celles de type illustration - mot atteignent leur apogée au début des années 1970, dix ans plus tôt que l’autre type. Les deux tendances observées aux tableaux 1.5 et 2.2.5-A suggèrent que certaines études fondamentales de type illustration - mot menées auprès d’étudiants universitaires ont pu susciter, quelques années plus tard, l’intérêt pour des applications pratiques de ces mêmes concepts et théories en milieu scolaire, aux niveaux primaire et secondaire avant tout.

Dans le tableau qui suit, ne sont retenues que les expériences dans lesquelles l’âge n’a pas le statut d’une variable indépendante, l’unité de base étant la comparaison binaire telle que définie précédemment (en ce qui concerne l’âge comme variable indépendante et son interaction avec la variable picturale, voir chap. 3.2).

Tableau 2.2.5-B
Comparaison des versions illustrée et non illustrée au moyen d’une mesure de compréhension de texte: résultats en fonction de l’âge / du niveau scolaire des sujets

   

ill > ni

ni > ill

non sig

Total et %
(rangée)

%
(colonne)

Niveau universitaire
/ adultes

Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

31
(26 %)
(30 %)

0
(0 %)
(0 %)

88
(74 %)
(70 %)

119
(100 %)
(100 %)


34 %

Niveau secondaire Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

30
(42 %)
(46 %)

0
(0 %)
(0 %)

41
(58 %)
(54 %)

71
(100 %)
(100 %)


20 %

Niveau primaire Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

63
(42 %)
(49 %)

3
(2 %)
(4 %)

84
(56 %)
(47 %)

150
(100 %)
(100 %)


42 %

Niveau préscolaire Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

4
(27 %)
(21 %)

0
(0 %)
(0 %)

11
(73 %)
(79 %)

15
(100 %)
(100 %)


4 %

 

Le test statistique étant calculé pour les résultats non pondérés, l’âge des sujet est un facteur significatif [Chi2 (6) = 13,987; p = 0,030]. Globalement parlant, l’illustration produit plus souvent un effet positif auprès des sujets de niveaux primaire et secondaire qu’auprès d’étudiants universitaires et d’adultes qui sont à l’extérieur du système scolaire. Bien entendu, l’interprétation de cette tendance doit se faire prudemment, compte tenu de la possibilité d’interactions avec d’autres paramètres. Ceci dit, il est clair que le tableau ne confirme pas la conclusion à laquelle arrivent Readence et Moore (1981) dans leur méta-analyse selon laquelle les étudiants universitaires seraient plus aptes que des sujets plus jeunes à profiter de la présence de l'illustration. Le contraire semble plutôt être le cas (voir aussi chap. 3.2).

suite...