2.2.6 Résultats en fonction du type de mesure de compréhension

Comme le montre le tableau 2.2.6, la comparaison des versions illustrée et non illustrée se fait essentiellement au moyen de trois types de mesures dépendantes: les questions sans réponses prédéfinies (33 % des comparaisons binaires), le rappel libre (29 %) et le test à choix multiple (27 %).

Dans le cas du test à choix multiple, les sujets expérimentaux, après la lecture ou l'écoute du texte, répondent à des questions ou se situent par rapport à des énoncés déclaratifs en choisissant parmi plusieurs réponses - habituellement quatre - celle qui convient. La plupart des tests à choix multiple sont formulés en termes linguistiques. Seuls certains tests se servent, partiellement ou en entier, d’éléments picturaux pour présenter les options de réponse. Signalons que l’ajout d’illustrations dans le test risque d’introduire un biais expérimental en faveur de la version illustrée du texte si l’information ciblée au test figure dans l’illustration mais non dans le texte. Lorsque c’est le cas, le test en question n’est pas considéré au tableau 2.2.6 puisqu’il s’agit ici d’évaluer l’impact de l’illustration sur les mesures de compréhension de texte. Toutefois, le format pictural d’une réponse ne l’exclut pas automatiquement des mesures de compréhension de texte.

Dans le cas des tests à questions sans réponses prédéfinies, les sujets sont entièrement libres dans leur réponse, ce qui rend caduque toute stratégie de choix par élimination, une stratégie propre au test à choix multiple qui a tendance à diminuer la validité des résultats obtenus. Par contre, comme les réponses fournies par les sujets aux tests à questions sont plus variées, il est nécessaire de formuler des balises claires pour la codification des réponses. De tels critères de classification, établis préalablement au dépouillement des réponses, revêtent toute leur importance lorsque les questions portent sur des informations macrostructurelles, souvent plus réfractaires à une classification selon le principe du tout ou du rien.

Le rappel libre - du texte, en général - peut se faire oralement ou par écrit. Le rappel écrit se rapproche quelque peu d’une tâche de résumé, en particulier lorsque les sujets sont soumis à des contraintes de temps. Dans la plupart des études, la tâche de rappel libre est annoncée aux sujets avant même la présentation du texte. Exceptionnellement, le rappel libre, non annoncé, sert de moyen pour mesurer la mémorisation non intentionnelle des sujets. La consigne de rappel libre du texte se veut le plus général possible, c’est-à-dire sans que des indices spécifiques soient fournis. Dans certaines études, le rappel libre est codifié selon un protocole d’analyse qui permet de cibler des informations ponctuelles du texte.

Dix pourcent des comparaisons texte illustré - texte non illustré, regroupés dans la rangée Autres, ont été obtenus à l’aide de mesures dépendantes variées tel que le test de closure, l’identification de mots écrits en contexte, la reconnaissance de mots présentés hors contexte, le nombre d’erreurs commises en lecture à voix haute, etc.

Le test de closure, quant à lui, consiste à présenter au lecteur un texte à trous, les mots omis étant remplacés par un tiret de longueur égale. Le test de closure permet d'évaluer si un lecteur est en mesure de restituer les mots omis à partir des indices que fournit leur contexte syntaxique et sémantique et, jusqu’à un certain point, sa compréhension du texte (Bormuth, 1962; Boyce, 1974, 1976; McKenna et Robinson, 1980).

L’identification et la reconnaissance de mots écrits et l’analyse des erreurs commises en lecture à voix haute, finalement, constituent des outils d’évaluation privilégiés dans les premiers apprentissages en lecture. Ils sont regroupés au tableau 2.2.6 sous la catégorie "Autres".

Tableau 2.2.6
Comparaison des versions illustrée et non illustrée au moyen d’une mesure de compréhension de texte: résultats en fonction du type de mesure de compréhension

   

ill > ni

ni > ill

non sig

Total et %
(rangée)

%
(colonne)

Questions sans
réponses
prédéfinies
Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

53
(44 %)
(51 %)

2
(2 %)
(3 %)

66
(55 %)
(46 %)

121
(101 %)
(100 %)


33 %

Choix multiple Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

26
(26 %)
(36 %)

2
(2 %)
(3 %)

71
(71 %)
(60 %)

99
(100 %)
(99 %)


27 %

Rappel libre Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

33
(31 %)
(36 %)

0
(0 %)
(0 %)

72
(69 %)
(64 %)

105
(100 %)
(100 %)


29 %

Test de closure Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

11
(73 %)
(68 %)

0
(0 %)
(0 %)

4
(27 %)
(32 %)

15
(100 %)
(100 %)


4 %

Autres Non pondéré (score)
Non pondéré (%)
Pondéré (%)

9
(32 %)
(38 %)

0
(0 %)
(0 %)

19
(68 %)
(62 %)

28
(100 %)
(100 %)


8 %

 

Parmi ces types de mesures, il existe d’importantes différences en ce qui concerne leur pouvoir diagnostique [Chi2 (8) = 20,311; p = 0,009]. Les questions sans réponses prédéfinies s’avèrent l’outil d’analyse le plus sensible pour détecter des effets significatifs attribuables à la présence de l’illustration (le test de closure le semble encore plus, bien qu’il soit peu utilisé; voir aussi chap. 2.2.7). Le test à choix multiple et le rappel libre, par contre, sont des techniques nettement moins sensibles. Dans le cas du test à choix multiple, ce résultat peu favorable pourrait s’expliquer en partie par l’absence d’une validation de l’outil en pré-expérimentation. En effet, dans la quasi-totalité des études picto-verbales répertoriées, cette étape préalable manque, une étape qui est pourtant indispensable d’un point de vue méthodologique (voir par exemple Tousignant, 1982, chap. 5).

suite...