3.2 Illustration x âge
La section 3.2 regroupe les expériences ayant comme variables lillustration
(texte illustré vs texte non illustré) et l'âge des sujets, généralement une
variable à deux niveaux. Comme la plupart de ces expériences ont eu lieu en milieu
scolaire, l'âge des sujets est souvent défini en niveaux scolaires plutôt qu'en âge
chronologique. Dans la dernière colonne du tableau 3.2, la nature de leffet
dinteraction des analyses de variance (ANOVA, MANOVA, ANCOVA) est spécifiée. En
absence dune telle analyse dans létude, les tests binaires y sont
présentés.
Tableau
3.2 |
|||
Auteur |
Variable Âge |
Mesure dépendante |
Résultat (p < 0,05) |
| Bender et Levin (1978) | Var 1.1: 12 ans Var 1.2: 15 ans |
M1: Questions | Test t: Aucune comparaison liée à l'âge nétant significative, les auteurs combinent les résultats pour les deux groupes d'âge. |
| Burdick (1959:1 et 2) | Var 1.1 - Var 1.6: 7e - 12e années (voir aussi résumé, Note 1) | M1: Choix multiple | ANOVA: interaction non sig |
| Cohen (1974) | Var 1.1: 1re année Var 1.2: 3e année |
M1: Identification de mots | Test t: illustré = non illustré (1re année) illustré = non illustré (3e année) |
| Dwyer (1967c) | Voir résumé | ||
| Guttmann, Levin et Pressley (1977:1) | Var 1.1: Maternelle Var 1.2: 2e année Var 1.3: 3e année |
M1: Questions | Test de Dunn, possibilité
dinteraction: illustré partiellement = non illustré (maternelle) illustré partiellement = non illustré (2e année) illustré partiellement > non illustré (3e année) illustré complètement > non illustré (maternelle) illustré complètement > non illustré (2e année) illustré complètement > non illustré (3e année) |
| Haring (1982) | Var 1.1: 4e année Var 1.2: 6e année |
Voir résumé | ANOVAs: interaction non sig (trois fois sur quatre); sig (une fois sur quatre) |
| Haring et Fry (1979) | Var 1.1: 4e année Var 1.2: 6e année |
M1: Idées principales M2: Détails |
MANOVA (M1 - M2): interaction non sig |
| Koenke et Otto (1969) | Var 1.1: 3e année Var 1.2: 6e année |
M1: Questions (idées principales) | Test de Tukey, possibilité
dinteraction: illustré = non illustré (3e année) illustré > non illustré (6e année) |
| Koran et Koran (1980) | Var 1.1: 7e sec. Var 1.2: 8e sec. |
M1: Choix multiple | ANOVA: interaction sig |
| Latendresse (1987) | Var 1.1: Plus jeune (mat.) Var 1.2: Plus vieux (mat.) |
M1: Rappels M2: Inférences M3: Rappels-inférences |
MANOVA (M1 - M3): interaction non sig |
| Miller et Pressley (1987:2) | Var 1.1: Préscolaire Var 1.2: 1re année |
M1: Questions | Test de Dunn, possibilité
dinteraction: illustré complètement = non illustré (préscolaire) illustré partiellement = non illustré (préscolaire) illustré complètement > non illustré (1re année) illustré partiellement > non illustré (1re année) |
| Pressley et al. (1983:1) | Var 1.1: 2e année Var 1.2: 3e année |
M1: Questions | Test de Tukey: illustré (Var 2.2) > non illustré (2e année) illustré (Var 2.2) > non illustré (3e année) |
| Pressley et al. (1983:2) | Var 1.1: 2e année Var 1.2: 3e année |
M1: Questions | Test de Dunn: illustré (Var 2.2) > non illustré (2e année) illustré (Var 2.2) > non illustré (3e année) |
| Rankin et Culhane (1970) | Var 1.1: 6e anneé Var 1.2: étudiants |
M1: Closure | Test t, possibilité
dinteraction: illustré > non illustré (enfants) illustré = non illustré (étudiants) |
| Rasco, Tennyson et Boutwell (1975:3) | Var 1.1: 4e sec. Var 1.2: 5e sec. |
M1: Choix multiple | ANCOVA: interaction sig |
| Reinwein (1990b:2) | Var 1.1: 3e année Var 1.2: 6e année |
M1: Closure | ANOVA: interaction non sig |
| Robbins (1983) | Var 1.1: 11 ans Var 1.2: 16 ans |
M1: Questions | ANOVA: interaction non sig |
| Shimron (1974:1) | Var 1.1: 1re année Var 1.2: 4e année |
M2: Rappel libre M3: Test de recon-naissance (vrai-faux) |
ANOVA (M2 - M3): interaction non sig |
| Shimron (1974:2) | Var 1.1: 1re année Var 1.2: 4e année |
M1: Rappel libre M2: Questions |
ANOVA, ANCOVA: M1: interaction non sig M2: interaction sig |
| Wilson (1989) | Var 1.1: Maternelle Var 1.2: 1re année |
M1: Questions M2: Rédaction |
ANOVA, ANCOVA M1 - M2: interaction non sig |
Dans quatre expériences, un effet dinteraction illustration x âge est observé au moyen dune analyse de variance. Dans quatre autres, les tests post hoc (t, Dunn, Tukey) suggèrent également un tel effet. Examinons-les de plus près.
Guttmann, Levin et Pressley
(1977:1). Les auteurs étudient les différences entre les quatre versions
expérimentales - dont deux versions illustrées - auprès de trois groupes d'âge
(maternelle, 2e année, 3e année). Dans lune des deux versions illustrées,
chaque phrase est accompagnée dune illustration complète qui représente
telle quelle linformation demandée au test. Dans la deuxième, chaque phrase
est accompagnée dune illustration partielle à partir de laquelle
linformation demandée au test peut être inférée, mais sans que linformation
demandée y figure telle quelle. Comme le montre la figure ci-dessus, cest
cette dernière version qui serait responsable de leffet dinteraction.
Seuls les enfants de 3e année réussissent significativement mieux en présence
d'une illustration partielle.

Haring (1982). Lauteure y présente les versions illustrée et non illustrée dune fable dÉsope à des enfants de 4e et 6e années de lécole primaire pour en évaluer le rappel immédiat et différé. Elle le fait en calculant le taux de rappel des idées (de niveaux inférieur et supérieur) de deux manières. Pour évaluer " luniformité du rappel ", le taux de rappel est calculé à partir du nombre didées qui sont mentionnées aussi bien au rappel immédiat que différé. Le " rappel unique ", par contre, est défini comme étant le taux des informations rappelées seulement au test différé. Dans le cas du rappel unique des idées de niveau inférieur, le rappel des enfants de 6e année en version illustrée dépasse celui en version non illustrée, tandis que cette différence est non significative pour les enfants de 4e année. L'auteure interprète cet effet d'interaction comme suit: " Compared to no pictures, materials with pictures substantially facilitated proportionate unique recall of lower-level idea units for sixth-graders but not for fourth-graders. (...) One value of the grade x picture interaction is that it is supportive of the notion that older learners may rely on pictures and profit more from them as a memorial strategy " (p. 106-107). Cette interprétation de l'interaction paraît toutefois discutable, étant donnée les tendances opposées (voir graphique).
Koenke et Otto (1969). Les auteurs étudient l'effet de l'illustration sur la compréhension de l'idée principale d'un texte auprès d'enfants de 3e et de 6e années de lécole primaire. Pour ce faire, ils comparent la version non illustrée des textes expérimentaux à deux versions illustrées. Dans lune, l'illustration représente l'idée principale de chaque texte et dans l'autre, son contenu général sans mise en évidence des éléments textuels importants. Bien que les résultats des deux groupes d'âge ne soient pas comparés statistiquement à l'intérieur d'une même analyse de variance, il semble bien qu'il y ait interaction. En 3e année, les trois versions ne se distinguent pas significativement, tandis qu'en 6e année, les deux versions illustrées, sans se distinguer l'une de l'autre, sont mieux réussies que la version non illustrée des textes.
Koran et Koran (1980). Les auteurs étudient l'effet de l'agencement temporel entre le texte et un schéma qui s'y réfère (texte précédé du schéma, texte suivi du schéma, texte seul) sur la compréhension d'adolescents de 7e et de 8e années dune école secondaire. Un effet d'interaction illustration x âge indique que les adolescents de 7e année réussissent mieux en présence du schéma quen labsence du schéma, tandis que cette différence est non significative en 8e année. Dans lexpérience, lutilisation de deux groupes dâge, sans incidences théoriques véritables, semble sexpliquer essentiellement par les contraintes échantillonnales auxquelles les chercheurs sont confrontés dans leur lieu dexpérimentation.
Miller et Pressley (1987:2).
Dans leur deuxième expérience, les auteurs comparent le rappel de phrases présentées
oralement selon plusieurs versions à deux groupes dâge (préscolaire, première
année du primaire). Dans la version phrase implicite avec illustration complète,
lillustration contient linformation ciblée au posttest, contrairement
à la version phrase implicite avec illustration partielle. En première
année, les deux versions illustrées sont significativement mieux réussies que
la version phrase implicite seule. Au préscolaire, cette supériorité
nest que tendencielle.

Rankin et Culhane (1970).
Un texte de closure, accompagné d'illustrations ou non, est présenté à des enfants
de 6e année du primaire et à des étudiants gradués. Les étudiants réussissent
significativement mieux en version illustrée que non illustrée. Chez les enfants
de lécole primaire, on constate une supériorité analogue, quoique non
significative.

Rasco, Tennyson et Boutwell
(1975:3). Les auteurs étudient l'effet combiné de l'illustration
(texte avec ou sans illustrations) et de limagerie mentale (avec
ou sans consigne de générer des images mentales) sur la compréhension de texte.
Lexpérience est menée auprès d'adolescents de deux niveaux d'âge (4e et
5e années). Leffet dinteraction illustration x âge signifie
que la supériorité significative de la version illustrée sur la version non
illustrée est restreinte aux sujets de 4e année.

Shimron (1974:2).
De courts textes enregistrés sur cassette sonore sont présentés à des enfants
de 1re et de 4e années du primaire selon quatre versions expérimentales. Dans
les deux versions illustrées, à chaque texte correspond une illustration dite
complète ou non structurée (i.e. illustration à composer mentalement à partir
des éléments picturaux fournis). Leffet dinteraction illustration
x âge signifie que la supériorité significative des deux versions illustrées
sur la version non illustrée se limite aux enfants de 1re année, bien quelle
soit tendenciellement analogue à celle en 4e année.

Résumé. Huit fois sur vingt-huit, un effet dinteraction qui est significatif ou qui pourrait lêtre est observé. Quatre expériences indiquent que la supériorité de la version illustrée sur la version non illustrée croît avec lâge des sujets (Guttmann, Levin et Pressley, 1971:1; Koenke et Otto, 1969; Miller et Pressley, 1987:2; Rankin et Culhane, 1970). Dans le cas de Guttmann et al.(1977), ce constat se limite à la version partiellement illustrée. À lopposé, trois autres études indiquent que leffet pictural diminue avec lâge (Koran et Koran, 1980; Rasco, Tennyson et Boutwell, 1975:3; Shimron, 1974:2). Dans deux des trois expériences, toutefois, leffet dinteraction paraît moins fiable, étant donné lâge rapproché des deux populations (Koran et Koran: 7e vs 8e année; Rasco et al.: 4e vs 5e année). Lajout au plan expérimental dune variable reliée à lâge semble sexpliquer essentiellement par les contraintes échantillonnales auxquelles les chercheurs sont confrontés dans leur lieu dexpérimentation. Ils n'attribuent dailleurs pas d'importance particulière à l'effet d'interaction obtenu. Quant à Haring (1982), la logique qui a inspiré la définition du " rappel unique " ne paraît pas évidente. En plus, cet effet dinteraction est peu représentatif des autres résultats de la même étude.