3.5 Illustration x niveau d’importance du segment textuel

La section 3.5 regroupe les expériences ayant comme variables l’illustration (texte illustré vs texte non illustré) et le niveau d’importance du segment textuel ciblé au posttest. Cette dernière variable, généralement dichotomisée, oppose les idées principales d’un texte à ses détails, les informations importantes aux informations peu importantes, les informations macrostructurelles aux informations microstructurelles, les informations textuelles de niveau supérieur à celles de niveau inférieur. L’étude de l’interaction illustration x niveau d’importance permet de vérifier si la présence de l'illustration affecte d'une manière différente les idées principales d'un texte et ses détails. Ceux qui croient que l'illustration se prête mieux à la représentation d'une idée générale d'un texte que celle de ses détails s'attendent à ce que les sujets en version illustrée surpassent les sujets en version non illustrée, particulièrement pour ce qui est des idées principales, l’écart analogue quant aux détails du texte étant moindre. Ceux qui favorise l'hypothèse que l'illustration se prête mieux à la représentation du particulier que du général s'attendent à la supériorité inverse. À noter qu’il existe des considérations semblables à l’égard du niveau d’abstraction de l’illustration (voir chap. 4.2).

À l'exception de O'Keefe et Solman (1987) et de Levin, Bender et Pressley (1979), les auteurs traitent le niveau d’importance de l’information textuelle ciblée au test non pas comme variable indépendante, mais comme deux mesures dépendantes. Plusieurs raisons semblent avoir favorisé ce choix des auteurs. Le fait que la variable niveau d’importance s’articule dans plusieurs études au niveau du posttest (i.e. deux types de questions) et ne découle pas d’une manipulation du texte expérimental en est une. Les deux parties du test sont alors considérées comme des mesures dépendantes séparées. Ce choix méthodologique paraît valide, puisque l’effet d’interaction illustration x niveau d’importance peut également être étudié au moyen d’une analyse multivariée (MANOVA). Toutefois, les auteurs ont rarement recours à ce type d’analyse, qui permettrait de tester statistiquement l’effet d’interaction. Ceci peut signifier que l’interaction ne fait pas toujours partie des hypothèses principales étudiées.

Tableau 3.5
Effet d’interaction entre l’illustration (texte illustré vs texte non illustré) et le niveau d’importance des informations textuelles (idées principales vs détails)

Auteur

Variable Niveau d’importance

Mesure dépendante

Résultat (p < 0,05)

Haring et Fry (1979) M1: Idées principales

M2: Détails

MANOVA: interaction sig

M1: illustré > non illustré

M2: illustré = non illustré

Haring (1982) " Uniformité du rappel ":

M1: Inf. niveau inférieur

M2: Inf. niveau supérieur

MANOVA: interaction sig:

M1: illustré > non illustré

M2: illustré = non illustré

Levin, Bender et Pressley (1979) Var 2.1: Inf. centrale

Var 2.2: Inf. périphérique

M1: Questions Test de Dunn, possibilité d’interaction:

illustré > non illustré (inf. centrale)

illustré > non illustré (inf. périphérique)

(différence plus prononcée pour inf. centrale)

O'Keefe et Solman (1987:1) Type d’information:

Var 3.1: Niveau inférieur

Var 3.2: Niveau supérieur

Rappel libre codifié selon:

M1: Frederiksen (1975)

M2: Johnson (1970)

ANOVAs (M1, M2):

interaction non sig

O'Keefe et Solman (1987:2) Type d’information:

Var 2.1: Niveau inférieur

Var 2.2: Niveau supérieur

Rappel libre codifié selon:

M1: Frederiksen (1975)

M2: Johnson (1970)

ANOVAs (M1, M2):

interaction non sig

O'Keefe et Solman (1987:3) Type d’information:

Var 3.1: Niveau inférieur

Var 3.2: Niveau supérieur

Rappel libre codifié selon:

M1: Frederiksen (1975)

M2: Johnson (1970)

ANOVAs (M1, M2):

interaction non sig

Waddill, McDaniel et Einstein (1988:1 et 2) Rappel libre:

M3: Détails

M4: Liens entre propositions

Questions:

M6: Détails

M7: Liens entre propositions

Comparaisons planifiées par mesure dépendante: voir plus loin
Zalud (1985) M1: Idées principales

M2: Détails

ANOVAs (M1, M2):

M1: illustré = non illustré

M2: illustré = non illustré

 

Plusieurs expériences indiquent des effets d’interaction illustration x niveau d’importance.

Haring et Fry (1979). Les auteurs comparent trois versions expérimentales d'un même texte: sans illustrations, avec illustrations qui correspondent aux idées principales, avec illustrations qui correspondent aux détails. Les deux versions illustrées influencent plus favorablement que la version non illustrée le rappel du nombre d'idées principales. Le rappel des détails par contre ne révèlent aucune différence entre les trois versions. Dans la figure qui suit, les résultats des deux versions illustrées ont été combinées.

 

Les auteurs commentent cette différence comme suit:

(...) pictures enhanced recall of only the main ideas, or top-level structure (not of lower-level structure) even though one set of pictures depicted both top- and lower-level structure. This may have been due to the design of the pictures in this study, i.e. lower-level details such as the deep, rushing water may not been portrayed well enough to have an impact on the children's memories. Another possibility is that the set of pictures depicting both top- and lower-level structure may have contained more information than youngster in fourth and sixth grades could remember easily. Whatever the reason, the finding that pictures did not facilitate recall of lower-level structure suggests that educators might look to adjunct aids other than pictures (e.g. postquestions) if they wish to enhance students' recall of less essential detail from written text (p. 189).

 

Haring (1982). L'effet de l'illustration sur le rappel immédiat et différé est évalué séparément pour les idées principales, appelées informations de niveau supérieur dans l'étude, et pour les détails, appelés informations de niveau inférieur. D'après ce que l'auteure nomme l'uniformité du rappel, c'est-à-dire d'après le taux de rappel calculé à partir des informations du texte qui sont mentionnées par les sujets aussi bien au rappel immédiat que différé, l'illustration n'a un effet significatif que sur le rappel des informations de niveau inférieur mais non de niveau supérieur.

 

La comparaison des deux figures - Haring et Fry (1979) et Haring (1982) - fait ressortir des tendances opposées. Haring (1982) ne fait pas référence à la première étude. Elle se limite au commentaire suivant:

The picture effect for consistency of recall of lower-level detail is noteworthy (...). This study provides some evidence for pictorial facilitation of consistency of recall of prose, albeit recall of lower-level detail. The means for proportions of consistent top-level recall also show this trend (...), but is not significant. Possibly, recall of main ideas very nearly reaches upper limits of memory without adjunct aids, and thus aids such as pictures can add little to recall (p. 107).

 

Levin, Bender et Pressley (1979). Apparentée à l'opposition entre les idées principales et les détails d'un texte est celle entre les informations centrales et périphériques d’une phrase. Dans l’exemple, les mots en gras désignent les informations centrales et les mots en italique, les informations périphériques:

The happy rabbit chewed on the blue pencil.

L’étude, menée auprès d’enfants de 2e et de 5e années du primaire, indique que l'effet de l’illustration affecte significativement aussi bien les informations périphériques que centrales, quoique ces dernières de façon plus prononcée. En voici la figure (après regroupement des résultats des deux groupes d'âge).

 

Waddill, McDaniel et Einstein (1988). Dans deux expériences, les auteurs comparent, séparément pour les deux textes expérimentaux (narratif et descriptif), la version non illustrée à deux versions illustrées. Dans l'une des deux versions illustrées, des dessins au trait illustrent les détails du texte. Dans l'autre, des dessins au trait, des dessins dits relationnels, illustrent les liens entre les propositions. Les auteurs comparent les trois versions à l'aide d'un rappel libre et dirigé. Le rappel libre est analysé séparément pour les informations illustrées du texte qui décrivent les détails (= mesure 3) et pour les informations illustrées du texte qui décrivent les liens propositionnels (= mesure 4). De façon analogue, six questions portent sur les détails du texte (= mesure 6) et quatre questions sur ses idées principales (= mesure 7).

 

La première expérience montre que, une fois sur deux, le type d'illustration favorise le type d'information en fonction duquel il est conçu. Ainsi, dans le texte descriptif, le rappel libre des détails du texte profite des illustrations qui se rapportent aux détails et dans le texte narratif, le rappel libre des propositions relationnelles profite des illustrations relationnelles:

L'étude de Waddill, McDaniel et Einstein (1988) ressemble à celle de Haring et Fry (1979). Dans les deux, on compare deux versions illustrées à la version non illustrée, ce qui permet de nuancer la question de recherche. D'après Waddill et al., l’effet de l'illustration sur le rappel dépend de la nature même de l'illustration. Per se, l’illustration ne favoriserait ni le rappel des idées principales ni le rappel des détails. Chaque illustration favoriserait plutôt le type d'information en fonction duquel elle a été conçue. Dans la première expérience, le lien fonctionnel supposé ne se révèle toutefois qu'une fois sur deux. Les auteurs présentent donc leurs résultats dans la perspective d'une triple interaction type d'illustration x type d'information x type de texte:

We examine the possibility that the effects of illustrations on memory for text will vary as a function of the nature of the text (narrative versus expository) and as a function of the type of information depicted in the illustrations (details conveyed in a particular proposition versus information conveyed by the interrelationship of several propositions). (...) Pictures effectively increased recall only when they depicted the type of information for which the texte type presumably invited processing (i.e. details for the expository passage, relations for the fairy tale) (p. 457).

Dans la deuxième expérience, les lecteurs sont encouragés à être plus attentifs au type d'information généralement négligé dans l'un ou l'autre texte. Ainsi, les lecteurs du texte narratif sont invités à faire attention aux détails, et les lecteurs du texte descriptif, aux informations inter-propositionnelles. Si les illustrations n'affectent le rappel que des informations auxquelles les lecteurs accordent déjà suffisamment d'attention étant donné le type de texte, telle est l'hypothèse des auteurs, alors les résultats de la deuxième expérience devraient indiquer les mêmes tendances que la première expérience. Or, pour ce qui est du rappel libre et dirigé des détails (mesures 3 et 6), les auteurs constatent que les deux versions illustrées sont mieux réussies que la version non illustrée. Ils interprètent ce fait comme suit:

(...) adjunct pictures alone, without special processing instructions, do not help learners to encode information that is not ordinarily encoded in the first place. (...) With special processing instructions that encourage readers to focus on the kind of information that is usually difficult to extract from a particular text type, pictures tend to help readers remember that kind of information as well (p. 463).

 

Résumé. Le niveau d’importance des informations du texte n’est traité qu’exceptionnellement comme variable indépendante (O’Keefe et Solman, 1987:1-3). Dans les autres éxpériences, l’étude de l’interaction illustration x niveau d’importance doit se faire en comparant deux mesures dépendantes. Les expériences de Haring et Fry (1979) et Haring (1982) semblent indiquer des tendances opposées. Dans Levin, Bender et Pressley (1979), l'information dite centrale bénéficie davantage de la présence de l'illustration que l'information dite périphérique. Les études de Haring et Fry (1979) et de Waddill, McDaniel et Einstein (1988), qui contiennent chacune deux versions illustrées, permettent d’étudier l’idée selon laquelle il existe un lien fonctionnel entre l’illustration et le rappel. D’après Waddill et al., chaque type d'illustration favoriserait le type d'information en fonction duquel il a été conçu.

 

suite...