4.2 Le réalisme pictural
La taxonomie de Knowlton (1966) met en évidence un trait saillant du mode de présentation pictural, à savoir sa variabilité sur l'axe réaliste - abstrait ou, si l'on veut, son degré de réalisme ou d'abstraction. Le modèle de Knowlton n'est pas le seul à souligner cette particularité. Pour plusieurs chercheurs, la flexibilité du mode pictural est une caractéristique qui le distingue du mode verbal / linguistique. Pour représenter de manière picturale un objet, on peut avoir recours à un dessin aux traits hautement schématisés en noir et blanc, mais aussi à une photo en couleur. Le mode pictural, à l'opposé du mode linguistique, renvoie directement à l'idée qu'il représente, sans l'intermédiaire d'un signe arbitraire tel que le mot (i.e. sa forme graphique ou sonore), d'où l'intérêt de plusieurs chercheurs à identifier le niveau de réalisme qui convient le mieux à la nature du texte et à la tâche des sujets.
La comparaison d'un texte accompagné d'une illustration abstraite ou réaliste peut s'inspirer d'attentes divergentes, voire opposées. Selon un point de vue répandu, l'illustration réaliste serait plus efficace que l'illustration abstraite. La quantité d'informations transmises de manière picturale serait une variable significative et elle aiderait le sujet ayant accès à un maximum d'informations picturales. Selon un point de vue différent, la surabondance d'informations picturales de l'illustration réaliste nuirait au lecteur. Celui-ci ne serait alors plus en mesure d'identifier les éléments picturaux pertinents au texte, ou encore il serait obligé de s'engager dans un traitement cognitif " couteux " de l'illustration au dépens des ressources cognitives attribuables au texte. L'effet de distraction d'une illustration trop réaliste, ont proposé certains auteurs, s'approche de l'idée que l'illustration per se détourne l'attention et les ressources cognitives du lecteur au détriment du texte. D'après d'autres, l'effet positif ou négatif de lillustration dépendrait du degré spécifique de réalisme pictural et ne remettrait pas en question l'utilité de l'illustration comme telle.
Parmi les travaux sur le réalisme pictural, les travaux de Dwyer (cf. chap. 4.2.1) et de ses collaborateurs (cf. chap. 4.2.2) occupent une place prépondérante. Ils sont regroupés dans deux sections à part, étant donné leur homogénéité sur le plan méthodologique.