Certaines études contiennent une version expérimentale appelée "illustration partielle" ou "version partiellement illustrée". Cette appellation mérite d'être clarifiée puisque, dans la plupart des recherches, la composante picturale n'est pas entièrement redondante par rapport à la composante linguistique du texte illustré et que, dans cet ordre didée, la plupart des versions illustrées pourraient être considérées comme étant seulement partiellement illustrées. Or, ce n'est que par opposition à l'illustration complète que l'illustration partielle acquiert toute son importance. Les études présentées dans cette section comprennent en effet au moins deux versions illustrées, appellées "illustration complète" et "illustration partielle". Certaines informations du texte qui sont illustrées dans une version ne le sont pas dans l'autre. Si l'illustration partielle permet d'étudier les mécanismes de compréhension et de renforcement du rappel chez les sujets (et par ce fait même, l'existence de processus de compréhension inférentiels), cette analyse pourrait être révélatrice car elle pourra se faire à la lumière d'une version où la même information du texte est explicitement illustrée, à savoir la version illustration complète.
Létude de Miller et Pressley (1987) rend plus clairs ces propos. L'information ciblée au posttest n'est pas présentée explicitement dans la phrase mais doit être inférée à partir de la phrase ou de l'illustration (p. ex. phrase: Notre voisin ouvrait sa porte; inférence à faire: avec une clé). La clé n'est représentée picturalement que dans l'illustration complète. Dans Guttmann, Levin et Pressley (1977:1), par contre, linformation ciblée au posttest est présente dans toutes les conditions expérimentales (voir les deux illustrations dans le résumé de larticle). Les sujets, après avoir écouté une phrase comme Au souper, la famille de Sue s'est assise pour manger une grosse dinde, répondent à la question La famille de Sue, qu'a-t-elle mangé au souper? L'écoute des phrases se fait en présence d'une illustration partielle ou complète, ou encore en absence dillustration. Ainsi, l'information ciblée au posttest (i.e. une grosse dinde) est présentée verbalement dans les trois conditions, mais elle n'est représentée picturalement que dans l'une d'elles.
Le tableau 4.3 présente lensemble des études concernées.
Tableau
4.3 |
||
Auteur |
Variable indépendante |
Résultats (p < 0,05) |
| Denburg (1976-77) | Var 1.1: Phrase seule Var 1.2: Phrase et illustration complète Var 1.4: Phrase et illustration partielle |
Mesure 1 (identification du mot
cible en présence du contexte linguistique): absente < partielle < complète (?) Mesure 2 (identification du mot-cible présenté seul): absente < partielle (?) (Voir aussi résumé de larticle) |
| Digdon, Pressley et Levin (1985) | Var 1.1: Phrase sans illustration Var 1.3: Phrase et illustration partielle (objet non illustré) Var 1.4: Phrase et illustration de l'objet et illustration partielle |
Mesure 1 (questions) En présence d'une consigne d'imagerie mentale: absente = partielle < complète Sans consigne d'imagerie mentale: absente = partielle; partielle = complète; absente < complète |
| Guttmann, Levin et Pressley (1977:1) | Var 2.1: Phrase sans illustration Var 2.3: Phrase et illustration partielle Var 2.4: Phrase et illustration complète |
Mesure 1 (questions) Enfants à la maternelle: absente = partielle < complète Enfants de 2e année: absente = partielle; partielle = complète; absente < complète Enfants de 3e année: absente < partielle = complète |
| Guttmann, Levin et Pressley (1977:2) | Var 1.1: Phrase seule, avec
stratégie d'imagerie mentale Var 1.2: Phrase et illustration partielle (mouvement) Var 1.3: Phrase et illustration partielle (statique) Var 1.4: Phrase et illustration complète |
Mesure 1 (questions) absente < partielle = complète |
| Harber (1983) | Var 3.1: Texte et illustrations
complètes Var 3.2: Texte et illustrations partielles Var 3.3: Texte seul |
Mesure 1 (questions) Enfants avec difficultés d'apprentissage: absente > partielle = complète Enfants normaux: partielle = complète > absente |
| Miller et Pressley (1987:1) | Var 1.2: Phrase implicite sans
illustration Var 1.3: Phrase implicite et illustration complète Var 1.4: Phrase implicite et illustration partielle |
Mesure 1 (questions) absente < complète = partielle |
| Miller et Pressley (1987:2) | Var 2.2: Phrase implicite sans
illustration Var 2.3: Phrase implicite et illustration complète Var 2.4: Phrase implicite et illustration partielle |
Mesure 1 (questions) Enfants de niveau préscolaire: absente = complète = partielle Enfants de 1re année du primaire: absente < complète = partielle |
| Pressley, Pigott et Bryant (1982:1) | Var 1.1: Phrase et illustration
complète Var 1.2: Phrase et illustration partielle (personnage en action) Var 1.3: Phrase et illustration partielle (personnage en position statique) Var 1.4: Phrase et illustration partielle (objet demandé au test) Var 1.7: Phrase sans illustration |
Mesure 1 (questions) absente = partielle < complète |
| Purkel et Bornstein (1980) | Var 1.1: Phrase et illustration
complète Var 1.2: Phrase et illustration partielle / image mentale Var 1.3: Phrase seule |
Questions absente < complète = partielle |
| Reinwein (1992) | Var 2.1: Texte seul Var 2.2: Texte et illustration complète Var 2.3: Texte et illustration partielle A Var 2.4: Texte et illustration partielle B |
Mesure 1 (temps de lecture) Texte 1: absente = partielle A < complète = partielle B Texte 2: absente = partielle = complète Mesure 2 (nombre d'erreurs) Textes 1 et 2: absente = partielle = complète |
| Sherman (1976) | Var 3.1: Contexte partiel Var 3.2: Contexte complet Var 2.1: Contexte linguistique Var 2.2: Contexte pictural |
Mesures 1 et 2 (rappel libre) Contexte pictural: partiel > complet Contexte linguistique: complet > partiel |
Les expériences de cette section se prêtent bien à la vérification d'une des conclusions de Levie et Lentz (1982), à la suite dune revue de 55 expériences portant sur le texte illustré. Les auteurs concluent que les illustrations n'ont pas d'impact significatif sur les informations d'un texte qui ne sont pas explicitement illustrées:
[...] 10 studies [...] produced a total of 20 comparisons of learning nonillustrated text information from illustrated text vs. text alone. In 9 of these 10 studies (involving 16 comparisons) the results were the same: no significant difference between treatments. In terms of group means, 11 comparisons favored illustrated text and 3 favored text alone; 4 comparisons were reported as " no significant difference ", and in 2 cases the means were the same. Overall, the groups reading illustrated text score only 5% better than the groups reading text alone. In summary, on the basis of these outcomes, we conclude that illustrations have no effect on learning non-illustrated text information (p. 203).
Plusieurs études du tableau 4.3 vont à lencontre de lhypothèse de Levie et Lentz (1982), cest-à-dire que la version partiellement illustrée est significativement mieux réussie que la version non illustrée. Dautres comparaisons, quoique non significatives, vont dans la même direction (pour ce qui est de Harber, 1983, voir chap. 2.2.1).
Par ailleurs, lorsquelle est significative, la comparaison entre les versions illustration partielle et illustration complète favorise cette dernière (sauf Sherman, 1976). De nouveau, le nombre de résultats significatifs est suffisamment élevé pour que leffet ne soit pas attribuable au hasard.
Létude de Sherman (1976), la seule à contre-courant, a été incluse dans cette section, bien que le matériel expérimental utilisé ne corresponde pas tout à fait à la définition de lillustration partielle. Les trois variables binaires de létude permettent de contraster huit versions expérimentales, dont quatre qui découlent du croisement des variables mode de présentation (contexte linguistique vs contexte pictural) et ampleur du contexte (contexte partiel vs contexte complet). Dans la version contexte pictural complet, d'après l'auteur, l'illustration fournit des informations précises de la scène décrite dans chaque paragraphe, de ses éléments et des relations quils entretiennent. Dans la version contexte pictural partiel, par contre, l'illustration ne fournit que des indices vagues concernant la même scène. Au rappel libre, l'étude révèle une supériorité significative des deux versions contexte pictural sur les deux versions contexte linguistique. Les deux variables interagissent toutefois significativement (contexte pictural partiel > contexte pictural complet, mais contexte linguistique partiel < contexte linguistique complet). L'auteur explique la supériorité surprenante de la version contexte pictural partiel par une activation plus substantielle des informations sémantiques, une activation nécessaire en absence d'informations picturales plus précises. Néanmoins, cette explication paraît insuffisante face au phénomène d'interaction. La même logique ne peut s'appliquer aux deux versions avec contexte linguistique. Toutefois, puisque aucun exemple du matériel pictural utilisé nest présenté dans l'étude, il est impossible de se prononcer sur le degré de ressemblance des contextes picturaux et linguistiques respectifs.
Enfin, létude de Bransford et Johnson (1972) na pas été incluse dans cette section. Dans leur article, leur " illustration partielle " correspond mieux à notre définition d'une illustration incompatible avec le texte (voir chap. 8).