Baggett, P. et Ehrenfeucht, A. (1982). Information in content equivalent movie and text stories. Discourse Processes, 5, 73-99. Un résumé succinct d'une partie de l'étude (c’est-à-dire sujets adultes seulement) est publié dans Perspectives on Reading Research and Instruction, 29th Yearbook of the National Reading Conference (p. 78-87) sous le titre Content and cohesion in a story presented as movie versus text).

À l'instar de Baggett (1979), les auteurs décrivent dans cet article le développement d'une technique permettant de mesurer le degré d'équivalence de contenu entre un film et sa version textuelle (expériences 1 à 3). Cette technique comprend la mise en correspondance de photos prises à partir du film à des intervalles réguliers et de phrases extraites du texte (jugement d'adéquation des segments linguistiques et filmiques, jugement d'importance relative des personnages dans le texte et le film).

Voir aussi Tableau-synthèse 1.7


EXPÉRIENCE 1a

Après l'écoute d'un texte intitulé The Unicorn in the Garden d'une longueur de 1030 mots et le visionnement de la même histoire sous forme de film, quatorze (14) étudiants se prononcent sur le degré de correspondance du film et du texte à l'aide d'une échelle allant de 0 à 5. Pour les besoins de cette tâche, le texte est divisé en 350 segments. Les étudiants doivent situer ces segments par rapport à 180 photos d’un livret. Les photos sont extraites du film, à un intervalle de deux secondes.


EXPÉRIENCE 1b

Après le remaniement du texte suite à l'expérience 1a, quatorze (14) étudiants universitaires réévaluent les 180 photos présentées sous forme de livret (i.e. pertinence des photos par rapport aux segments du texte, correspondance entre les photos et les segments textuels).


EXPÉRIENCE 2

Seize (16) étudiants écoutent l'enregistrement sonore du texte en vue de sélectionner parmi les 350 segments textuels les 70 segments considérés comme étant les plus importants. Ils doivent juger en plus de l'importance relative des personnages de l'histoire sur une échelle allant de 0 à 10. Quatorze (14) étudiants portent des jugements analogues sur le film.


EXPÉRIENCE 3

Dans la première étape de l'expérience 3, quarante-huit (48) étudiants visionnent le film ou écoutent le texte pour en faire, immédiatement après, un résumé de 60 à 80 mots. À l’étape 2, quarante-huit (48) autres étudiants évaluent les 48 résumés de l’étape 1: ils doivent deviner s'il s'agit d'un résumé fait à partir du film ou du texte.



EXPÉRIENCE 4

Dans l'expérience 4, inspirés de la notion de cohésion linguistique élaborée dans Halliday et Hasan (1976), les auteurs appliquent la notion de cohésion à l'analyse de segments filmiques (" cohésion picturale ").


Variables. 2 (âge) x 10 (traitement)


Sujets. Cinq cent cinquante-trois sujets de deux niveaux d'âge participent à l'expérience.

Var 1: Age / niveau scolaire des sujets
1.1
Étudiants universitaires (n = 240), appelés adultes par les auteurs.
1.2 Adolescents de niveau collégial (n = 413), appelés enfants par les auteurs. Ce dernier groupe d'âge est composé d'écoliers de 7e année (environ 40 %), de 8e année (environ 30 %) et de 9e année (environ 30 %).

La technique d'assignation des sujets aux 10 traitements et le nombre de sujets par traitement ne sont pas précisés.


Traitement. Le matériel expérimental consiste en 23 segments textuels et en 23 photos correspondantes, développé grâce aux expériences précédentes. Chacun des groupes d'âge (adultes, enfants) est assigné à 10 traitements expérimentaux.

Var 2: Traitement (mode de présentation / délai / type de test)
2.1 Le visionnement du film est suivi immédiatement du test linguistique (mesure 1).
2.2 Le visionnement du film est suivi immédiatement du test pictural (mesure 2).
2.3 Le visionnement du film est suivi du test linguistique (mesure 1), une semaine plus tard.
2.4 Le visionnement du film est suivi du test pictural (mesure 2), une semaine plus tard.
2.5 L'écoute du texte est suivie immédiatement du test linguistique (mesure 1).
2.6 L'écoute du texte est suivie immédiatement du test pictural (mesure 2).
2.7 L'écoute du texte est suivie du test linguistique (mesure 1), une semaine plus tard.
2.8 L'écoute du texte est suivie du test pictural (mesure 2), une semaine plus tard.
2.9 Aucun matériel n'est présenté avant le test linguistique (premier groupe contrôle).
2.10 Aucun matériel n'est présenté avant le test pictural (deuxième groupe contrôle).

Ainsi, cinq groupes passent le test linguistique (mesure 1) et cinq autres groupes, le test pictural (mesure 2).

Mesure 1. Le test linguistique consiste à placer les 23 segments textuels en ordre chronologique. Le degré de réussite du test de classement est mesuré à l'aide d'un score de déviation de l'ordre correct (out-of-order score). Ce test donne aussi lieu à un score de cohésion linguistique.

Mesure 2. Le test pictural consiste à placer 23 photos en ordre chronologique (voir 10 des 23 photos dans l’encadré ci-dessus). Le degré de réussite et le score de cohésion picturale sont calculés de façon analogue.


Résultats. Résultats descriptifs seulement.

Mesure 1. Test linguistique
 

ENFANTS (Var. 1.1)

ADULTES (Var 1.2)

 

Test immédiat

Test différé

Test immédiat

Test différé

Groupe contrôle

10,21

(0,416)

-

12,66

(0,380)

-

Texte

5,38

(0,269)

7,50

(0,306)

6,81

(0,421)

10,58

(0,614)

Film

5,58

(0,337)

7,46

(0,463)

6,34

(0,348)

8,91

(0,694)

 

Mesure 2. Test pictural
 

ENFANTS (Var. 1.1)

ADULTES (Var 1.2)

 

Test immédiat

Test différé

Test immédiat

Test différé

Groupe contrôle

10,33

(0,700)

-

12,51

(0,604)

-

Texte

4,17

(0,375)

5,92

(0,281)

6,07

(0,482)

7,62

(0,427)

Film

5,42

(0,436)

6,92

(0,489)

8,27

(0,424)

9,84

(0,634)

 

Les auteurs calculent par la suite l'impact relatif de huit facteurs (texte et test immédiat, texte et test différé, film et test immédiat, film et test différé, test pictural, test linguistique, mode de présentation filmique, mode de présentation textuel) sur la mesure dépendante, une fois que celle-ci est transformée en un score de l’information rappelée. Il en suit que les enfants retiennent mieux le film que le texte, tandis que les adultes retiennent l'un aussi bien que l'autre. Un tout autre portrait se dégage de la comparaison des tests linguistique et pictural. Ici, les enfants réussissent sensiblement de la même manière avec le test linguistique et le test pictural, tandis que les adultes réussissent mieux avec le test pictural.

Finalement, à partir des mêmes tests, un score de cohésion linguistique et pictural est calculé et comparé au score de cohésion des 23 segments linguistiques ou photographiques du matériel expérimental original. Le score de cohésion linguistique de l'histoire originale était de l'ordre de 32. Ceci veut dire qu'il y avait 32 éléments coréférentiels dans les phrases qui se suivent immédiatement. Le score de cohésion picturale de l'histoire originale était de l'ordre de 46. À 46 reprises, des personnages étaient identiques dans deux photos qui se suivent immédiatement. Les scores de cohésion linguistique et picturale indiquent que les sujets ont une tendance naturelle d'augmenter le degré de cohésion textuelle ou picturale dans leur rappel.


Discussion générale. " In this paper we haven given an empirical method to establish movie and text that tell the same story, and the degree to which they are content equivalent, as assessed by several measures. [...]

We found that junior high age children encode movie better than text, but adults encode movie and text equally well. Adults are better problem solvers than children, and this difference is magnified when the information source from which problems can be solved is large. Children have a short lasting memory for text, from which they can order sentences, but it soon disappears. Adults, if they have such a memory, do not use it in the same way.

None of the 240 adults and 413 children attempting the ordering task ordered all items correctly. Their errors could be accounted for nicely by the concepts of pictorial and verbal cohesion, a tendency to cluster together photos or sentences containing identical items. We quantified these concepts by introducing the idea of pictorial and linguistic cohesion graphs. The clustering tendency increased over a delay, as memory for the actual order decreased. Our data showed that, if the conceptual information stored in memory from content equivalent movie and text is not in the same format, then communication between different format proceeds without difficulty " (p. 97-98).


Références bibliographiques. Total de 8 références.