re90bg.gif (22820 octets)Reinwein, J. (1990b). Lire des bandes dessinées: l'effet de l'image sur la compréhension de lecteurs forts et faibles. In B. Schneuwly (réd.), Diversifier l'enseignement du français écrit. Actes du IVe Colloque International de Didactique du Français Langue Maternelle. Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 281-287.

Dans deux expériences, l’auteur étudie l’effet de l’illustration sur la compréhension de texte d’enfants du primaire au moyen d’un test de closure. Dans la première expérience, l’effet pictural est analysé en fonction de l’aptitude de lecture des enfants (aptitude élevée, moyenne ou faible) et dans deuxième, en fonction de leur âge (3e année vs 6e année). Les résultats des deux expériences sont également décrits dans: Reinwein, J. (1991). Der Einfluss des Bildes auf die Lesbarkeit von Texten. Proceedings of the Fourteenth International Congress of Linguists, Berlin 1987. Berlin, Akademie-Verlag, p. 2209-2212.

Voir aussi Tableau-synthèse 1.7


EXPÉRIENCE 1

Variable. 3 (aptitude) x 3 (bande dessinée; intragroupe) x 2 (mode de présentation)


Sujets. Trois cent trente enfants francophones, de 14 classes de 3e année d'écoles primaires situées dans la région métropolitaine de Montréal, participent à l’expérience. À l'aide d'un test de closure non illustré, administré comme prétest, les enfants sont répartis en trois groupes d'aptitude:

Variable 1: Aptitude des enfants
1.1 Aptitude élevée, i.e. premier tiers des enfants (n = 110).
1.2
Aptitude moyenne, i.e. deuxième tiers des enfants (n = 110).
1.3 Aptitude faible, i.e. troisième tiers des enfants (n = 110).

Dans chaque groupe d'aptitude, les enfants sont assignés aléatoirement et en nombre égal à l'une des deux conditions expérimentales (cf. Variable 3), et ce pour chacune des trois bandes dessinées du matériel expérimental séparément (cf. Variable 2).


Traitement. Le matériel expérimental consiste en trois extraits de bandes dessinées, présentés sous forme de closure (omission de chaque 5e mot du texte).

Variable 2: Bande dessinée
2.1
Le premier extrait vient de Philémon - Le voyage de l'incrédule (Fred, 1974, p. 7-9). Les vignettes comprennent en moyenne huit mots.
2.2 Le deuxième extrait vient de Tintin - L'affaire Tournesol (Hergé, 1956, p. 1-2). Les vignettes comprennent en moyenne huit mots.
2.3 Le troisième extrait vient de Le carré arabe (Ciesielski et Reinwein, 1981, Coll. Les Apprentis, Montréal: Études Vivantes, p. 1-8). Les vignettes comprennent en moyenne 22 mots (voir l’encadré).

Les trois bandes dessinées comprennent respectivement 32, 34 et 35 tirets à compléter, chacun identifié par un numéro.

Variable 3: Mode de présentation des extraits de bandes dessinées
3.1 Présentés sans l'illustration, seules les contours graphiques des bulles étant représentés.
3.2 Présentés au complet.

Étant donné les contraintes spatiales du matériel expérimental, chaque mot omis du texte est remplacé par un numéro qui renvoie au bas de la page, à l'endroit prévu pour les réponses.

Les mesures 1 et 2 sont obtenues à l'aide d'un test de closure, chaque 5e mot étant omis. L’expérience se déroule en salle de classe, sans limite de temps.

Mesure 1. Nombre de mots reconstitués correctement (les réponses écrites des enfants ont été normalisées sur le plan orthographique).

Mesure 2. Nombre de réponses acceptables grammaticalement, i.e. abstraction faite des erreurs d'orthographe d'usage.


Résultats.

Mesure 1. Une analyse de variance à deux facteurs (aptitude, mode de présentation) est calculée pour chaque extrait, suivie du test de t. Dans le cas des extraits Philémon et Le carré arabe, la version illustrée est significativement mieux réussie que la version non illustrée, mais pas dans le cas de l’extrait de Tintin. Par ailleurs, pour les trois bandes dessinées, l'effet de l'aptitude des sujets est significatif. L'effet d'interaction aptitude x mode de présentation est significatif dans le cas de l’extrait de Philémon, et proche du seuil de signification dans le cas de l’extrait du Carré arabe.

Mesure 1. Nombre de mots reconstitués
 

Var 3.1:
Sans illustration

Var 3.2:
Avec illustration

Test t

Var 2.1 - Var 1.1:Philémon - aptitude élevée

11,09

(3,42)

13,16

(3,75)

sig

Var 2.1 - Var 1.2: Philémon - aptitude moyenne

8,49

(2,41)

9,13

(3,00)

non sig

Var 2.1 - Var 1.3: Philémon - aptitude faible

6,24

(2,89)

6,53

(3,05)

non sig

 
Var 2.2 - Var 1.1: Tintin - aptitude élevée

14,11

(3,56)

15,35

(4,87)

non sig

Var 2.2 - Var 1.2: Tintin - aptitude moyenne

10,00

(4,32)

10,85

(4,52)

non sig

Var 2.2 - Var 1.3: Tintin - aptitude faible

6,75

(3,48)

6,35

(4,27)

non sig

 
Var 2.3 - Var 1.1: Le carré arabe - aptitude élevée

18,02

(4,83)

20,27

(3,95)

sig

Var 2.3 - Var 1.2: Le carré arabe - aptitude moyenne

13,69

(4,61)

16,76

(4,86)

sig

Var 2.3 - Var 1.3: Le carré arabe - aptitude faible

10,78

(4,16)

11,16

(5,21)

non sig

 

Mesure 2. Une analyse de variance à deux facteurs (aptitude, mode de présentation) est calculée pour chaque extrait, suivie du test de t. La présence de l’illustration n’affecte pas négativement l’attention accordée par les élèves à l’orthographe grammaticale, et ce quelle que soit la bande dessinée (Var 3.1 = Var 3.2). La variable aptitude, quant à elle, est significative.



EXPÉRIENCE 2

Variables. 2 (âge) x 2 (mode de présentation)


Sujets. Deux cents enfants de 6e année, de même provenance que ceux de la première expérience, sont assignés aléatoirement et en nombre égal aux deux conditions expérimentales. Leur score est comparé à celui des enfants de l'expérience 1, pour l'une des trois bandes dessinées.

Variable 1: Âge / niveau scolaire
1.1
Enfants de troisième année du primaire (n = 330).
1.2
Enfants de sixième année du primaire (n = 200).


Traitement. Le matériel expérimental est l’extrait de la bande dessinée Philémon de l’expérience 1.

Var 2: Mode de présentation de la bande dessinée
2.1 Sans l'illustration, seuls les contours graphiques des bulles étant visibles.
2.2 Avec illustration.

L’expérience se déroule en salle de classe, sans limite de temps.

Mesure. Nombre de mots reconstitués dans un test de closure (les réponses écrites des enfants ont été normalisées sur le plan orthographique).


Résultats. Une analyse de variance à deux facteurs (âge, mode de présentation) est calculée, suivie du test de t. La version illustrée est significativement mieux réussie que la version non illustrée (Var 2.2 > Var 2.1). Par ailleurs, les enfants de 6e année réussissent significativement mieux que ceux de 3e année (Var 1.2 > Var 1.1). L'effet d'interaction âge x mode de présentation est non significatif.

Mesure 1. Nombre de mots reconstitués (closure)
 

Var 2.1:
Sans illustration

Var 2.2:
Avec illustration

Var 1.1: Enfants de 3e année

8,61

9,53

Var 1.2: Enfants de 6e année

13,60

15,40


Discussion générale. " Les questions soulevées [dans cette recherche] étaient les suivantes:

  1. Dans une bande dessinée, l’illustration a-t-elle un effet significatif sur la compréhension du texte par le jeune lecteur?
  2. Dans la bande dessinée, l’effet de l’illustration sur la compréhension du texte varie-t-il en fonction de l’aptitude du lecteur?
  3. Dans une bande dessinée, l’effet de l’illustration sur la compréhension du texte varie-t-il en fonction de l’âge / du degré scolaire du lecteur?
  4. Dans une bande dessinée, l’illustration nuit-elle à l’attention accordée à la forme du texte (orthographe grammaticale)? " (p. 281).

" L’illustration influence de manière significative, dans le cas de deux bandes dessinées sur trois, la compréhension du texte par le lecteur de 3e année du primaire (question 1). [...] L’effet d’interaction illustration x aptitude constaté [...] montre que les bons lecteurs profitent davantage de la présence de l’illustration que les lecteurs faibles (question 2). Les bons lecteurs, c’est-à-dire ceux qui tirent le plus de profit du contexte linguistique, exploitent mieux aussi le contexte pictural, les illustrations. Notons que ce constat contredit une croyance pédagogique répandue selon laquelle l’illustration est surtout la " béquille " des lecteurs faibles.

Bien que l’effet d’interaction illustration x degré scolaire ne soit pas significatif dans le cas de la BD-1 [voir expérience 2, texte Philémon], on constate néanmoins une supériorité tendancielle des lecteurs de 6e année en ce sens qu’ils profitent deux fois plus de la présence de l’illustration que les lecteurs de 3e année (question 3). [...]

L’effet de l’illustration sur le nombre d’erreurs d’orthographe grammaticale est non significatif, quelle que soit la bande dessinée. Soulignons que, à la différence de ce constat, Donald (1983) a observé l’existence d’un effet principal de la variable illustration (avec / sans) sur l’acceptabilité orthographique des maldonnes en lecture à voix haute " (p. 285-286).


Références bibliographiques. Total de 24 références dont:

Donald, D. R. (1983). The use and value of illustrations as contextual information for readers at different progress and developmental levels. British Journal of educational Psychology, 53, 175-185. (Voir résumé de l'article dans le présent ouvrage.)