Reinwein, J. (1992). La technique Zigzag
comme outil pour mesurer l'effet de l'illustration et du texte sur le lecteur en langue
seconde. In C. Préfontaine et M. Lebrun (réd.), La lecture et l'écriture. Actes du
colloque Stratégies d'enseignement et d'apprentissage en lecture / écriture.
Montréal: Éditions Logiques, 261-306.
L'auteur étudie le rôle de l'illustration en lecture auprès d'étudiants arabophones qui lisent des textes en français. Les textes sont présentés à l'écran dun ordinateur au moyen d'un logiciel appelé Zigzag (Ciesielski et Reinwein, 1989). Ce logiciel permet d'obtenir des mesures en direct (temps, réussite/erreur).
Voir aussi Tableau-synthèse 1.7
Variables principales. 2 (texte; intragroupe) x 4 (paragraphe; intragroupe) x 4 (mode de présentation)
Sujets. Cent vingt étudiants arabophones de la Faculté des lettres de l'Université de Tunis 1 participent à l'expérience. Ils ont des degrés variables de compétence en français, qui est leur langue seconde. Les étudiants sont assignés aléatoirement et en nombre égal à l'un des quatre traitements, et ce pour chacun des deux textes séparément. Un prétest, fait à laide de la technique Zigzag, fournit deux mesures qui servent de covariables aux analyses de variance respectives.
Traitement. Le matériel expérimental comprend deux textes extraits d'un matériel didactique (Ciesielski et Reinwein, 1983 et 1985) et des illustrations conçues à partir du même matériel.
Variable 1: Texte
1.1 Texte narratif intitulé Allez jouer ailleurs! (165 mots), identique au texte utilisé dans Reinwein (1988).
1.2 Texte informatif intitulé Instruments de musique (200 mots).
Chacun des deux textes est composé de quatre paragraphes (Variable 2). Chaque paragraphe correspond à une illustration différente, présentée à l'écran pendant la lecture du paragraphe correspondant.
Variable 2: Paragraphe des deux textes
2.1 Premier paragraphe.
2.2 Deuxième paragraphe.
2.3 Troisième paragraphe.
2.4 Quatrième paragraphe.Variable 3: Mode de présentation des deux textes (voir l'encadré ci-dessus)
3.1 Version 1: Textes seuls.
3.2 Version 2: Textes accompagnés d'illustrations complètes (texte narratif: quatre illustrations montrant chacune les protagonistes de l'histoire, enfants et adultes; texte informatif: quatre illustrations montrant chacune les instruments de musique aussi bien en tant que produit fini que décomposés en leurs éléments constitutifs).
3.3 Version 3: Textes accompagnés d'illustrations partielles de type 1 (texte narratif: quatre illustrations montrant les enfants seulement; texte informatif: quatre illustrations montrant le produit fini seulement).
3.4 Version 4: Textes accompagnés d'illustrations partielles de type 2 (texte narratif: quatre illustrations montrant les adultes seulement; texte informatif: quatre illustrations montrant les éléments constitutifs seulement).
Les illustrations complètes sont celles du matériel didactique, tandis que les illustrations partielles sont obtenues par l'effacement de certaines parties picturales des illustrations originales.
Dautres variables, reliées aux textes, sajoutent aux variables présentées ci-dessus.
Les deux textes expérimentaux sont présentés à l'écran au moyen du logiciel Zigzag. Pour lire les textes selon cette technique, le lecteur doit choisir continuellement entre deux mots (mot cible = mot du texte, mot distracteur = mot choisi aléatoirement) le plus rapidement possible et en commettant le moins d'erreurs possible. Le choix entre les deux mots de la première colonne se fait au moyen des clés du clavier. En cas de réussite, le mot cible sélectionné est affiché dans la fenêtre supérieure pendant que toutes les colonnes se déplacent vers la gauche. La figure ci-dessous montre le choix de cinq mots cibles successifs (Aujourd'hui c'est un jour) qui se fait au moyen de cinq écrans présentés l'un après l'autre. Le temps de lecture associé à chaque mot cible correspond à l'intervalle entre deux appuis successifs corrects sur les clés. En cas d'erreur (i.e. sélection du mot distracteur, le défilement des colonnes est bloqué de sorte que le lecteur doit sélectionner l'autre mot, c'est-à-dire le mot cible. Dans les trois versions illustrées, l'illustration est présentée en haut du texte. Chaque illustration est affichée pendant tout le temps nécessaire à la sélection de tous les mots cibles dun paragraphe.
L'expérimentation se déroule dans une salle équipée de trois ordinateurs MacPlus. Dans un premier temps, l'expérimentateur explique à chaque groupe de trois étudiants l'objectif général de l'expérimentation de même que les principes de fonctionnement de la technique Zigzag en donnant des exemples. Suit une période de familiarisation à l'aide d'un texte d'environ 70 mots. Le deuxième texte, d'environ 150 mots, sert de prétest qui donne, pour chaque étudiant, deux scores (temps de lecture, nombre d'erreurs commises). Ces scores sont utilisés comme covariables aux analyses de variance. Les deux textes expérimentaux suivent immédiatement le prétest, le texte narratif précédant le texte informatif. Deux mesures par mot sont obtenues à laide de la technique Zigzag.
Mesure 1. Temps de lecture par mot (en ms).
Mesure 2. Succès / échec lors de la tâche de sélection d'un mot cible. Cette mesure donne lieu à deux types de scores totaux (nombre d'erreurs par sujet pour l'ensemble d'un texte, nombre d'erreurs par mot cible pour l'ensemble des sujets).
Résultats. Au total, 12 analyses de covariance (ANCOVA) à deux, trois ou quatre facteurs sont calculées, soit six analyses par texte. Elles sont suivies de tests du LSM. Les analyses de temps de lecture se font seulement à partir des mots sélectionnés correctement dès le premier essai (= succès). Dans les analyses de covariance portant sur le temps de lecture, le temps de lecture moyen obtenu au prétest sert de covariable. Dans les analyses ayant comme mesure dépendante le nombre d'erreurs, le nombre total d'erreurs au prétest sert de covariable. Par ailleurs, les deux mesures dépendantes sont corrélées l'une avec l'autre au moyen du coefficient de corrélation (r de Pearson).
En ce qui concerne le temps de lecture moyen calculé pour l'ensemble des mots d'un texte (= mesure 1), le mode de présentation est significatif dans le cas du texte narratif: en absence d'illustrations et en présence d'illustrations partielles de type 1, les lecteurs prennent significativement moins de temps qu'en présence d'illustrations complètes ou partielles de type 2 (Var 3.1 = Var 3.3 < Var 3.2 = Var 3.4). Dans le cas du texte informatif, les quatre versions ne se distinguent pas significativement.
En ce qui concerne le nombre d'erreurs (= mesure 2), le mode
de présentation est non significatif.
Mesure 1: |
Mesure 2: |
|
| Texte narratif (Var 1.1) | ||
| Var 3.1: Texte seul | 2275 |
9,79 |
| Var 3.2: Texte et illustrations complètes | 2536 |
9,05 |
| Var 3.3: Texte et ill. partielles de type 1 | 2328 |
9,15 |
| Var 3.4: Texte et ill. partielles de type 2 | 2544 |
8,33 |
| Texte informatif (Var 1.2) | ||
| Var 3.1: Texte seul | 2717 |
12,72 |
| Var 3.2: Texte et illustrations complètes | 2702 |
13,37 |
| Var 3.3: Texte et ill. partielles de type 1 | 2743 |
11,76 |
| Var 3.4: Texte et ill. partielles de type 2 | 2699 |
13,60 |
Pour les deux textes, la variable paragraphe, qui est
significative, indique des temps de lecture de plus en plus rapide (Var 2.1 > Var 2.2
> Var 2.3 > Var 2.4). Le nombre d'erreurs varie de manière significative dans le
cas du texte informatif (Var 2.1 = Var 2.4 < Var 2.2 = Var 2.3), mais pas dans le cas
du texte narratif. Quelle que soit l'analyse, l'interaction paragraphe x mode de
présentation n'est pas significative.
Mesure 1: |
Mesure 2: |
|
| Texte narratif (Var 1.1) | ||
| Var 2.1: Premier paragraphe | 2827 |
9,91 |
| Var 2.2: Deuxième paragraphe | 2389 |
8,96 |
| Var 2.3: Troisième paragraphe | 2269 |
8,74 |
| Var 2.4: Quatrième paragraphe | 2198 |
9,22 |
| Texte informatif (Var 1.2) | ||
| Var 2.1: Premier paragraphe | 2895 |
11,16 |
| Var 2.2: Deuxième paragraphe | 2794 |
14,35 |
| Var 2.3: Troisième paragraphe | 2701 |
14,38 |
| Var 2.4: Quatrième paragraphe | 2472 |
11,12 |
Dautres résultats relatifs aux variables intratextuels sont également présentés.
Discussion. " On peut comprendre que la lecture de la version non illustrée prend moins de temps que celle de la version avec image dite complète, étant donné la quantité supérieure d'informations à traiter par le lecteur dans ce dernier cas [...]. Mais pourquoi y a-t-il un écart entre les deux versions partiellement illustrées [dans le cas du texte narratif]? Chaque page du texte illustré prise séparément ne révèle pas de différence manifeste en ce qui concerne la quantité d'informations picturales des deux versions respectives, chacune d'elles n'illustrant que la moitié des protagonistes du texte (enfants ou adulte). Par contre, analysées comme une séquence de quatre illustrations qui se suivent, les deux versions partiellement illustrées se distinguent de façon importante. Ainsi, les illustrations de la version 3 [= Var 3.3] varient peu, les enfants étant présents dans chacun des quatre épisodes du texte. Par contre, les illustrations de la version 4 [= Var 3.4] représentent les adultes auxquels les enfants sont confrontés dans les quatre épisodes (madame Lorette, les " grands ", monsieur Dawson, monsieur Alarie) de sorte que, vues comme une séquence, les illustrations de la version 4 sont plus riches en informations que celles de la versions 3, ce qui pourrait bien se traduire par un temps de lecture prolongé " (p. 275-276).
" La séquence des pages a un effet significatif sur le temps de lecture des deux textes [...] et sur le nombre d'erreurs du texte 2 [...]. Dans les deux textes, le temps de lecture par mot lu diminue de la première à la dernière page, selon des types de progression différents. [...] Ce phénomène pourrait signifier qu'au début d'un texte le lecteur doit d'abord se construire un réseau sémantique (cadre de référence, référents et leurs caractéristiques) lui permettant de comprendre aussi bien le sens général du texte que celui des informations plus spécifiques. [...] La diminution rapide du temps au début du texte 1 pourrait être attribuée au lien sémantique élevé entre les quatre épisodes (dans le texte, les mêmes enfants reviennent d'une page à l'autre) qui permettrait un réinvestissement immédiat des connaissances acquises par le lecteur à la première page. Comparativement, le texte 2 est composé de quatre parties plus indépendantes sur le plan des référents (éléments, objet fini) de sorte que le réinvestissement des connaissances par le lecteur semble se faire à un niveau plus abstrait (répétition, d'une page à l'autre, d'une démarche générale de fabrication d'un instrument de musique), ce qui expliquerait l'accélération plus tardive du temps de lecture dans ce texte " (p. 277-278).
Références bibliographiques. Total de 36 références dont:
Ciesielski, R. et Reinwein, J. (1989). Le test Zigzag (version 2.0, LightSpeed Pascal). Montréal: Université du Québec à Montréal, Département de linguistique.